Oskar Freysinger et le vote suisse / par Alain Hasso

Publié le par monde et vie

Il me semble que trois réalités décisives sont en jeu dans le vote suisse, qui, à 57, 5 % des suffrages exprimés, interdit la construction sur le territoire de la Confédération de minarets « ostensibles ».

 

freysingerdrapeauPremière réalité touchée par Freysinger : il s’agit de savoir si seul l’islam radical est dangereux ou s’il n’existe pas une logique islamique qui, comme l’explique très bien le vaillant Valaisan, conduit l’islam à perdre sa légitimité religieuse pour déborder inéluctablement dans l’ordre politique. Les minarets seraient ainsi des signes ostensibles politico-religieux qui contredisent à la laïcité saine et légitime.

Devant cette première réalité, nos évêques eux mêmes sont perdus. Rien d’étonnant : les textes de Vatican II sur l’islam (celui de Lumen gentium 16 et celui de Nostra aetate) sont aussi catastrophiques l’un que l’autre, envisageant l’islam comme une « foi », simple variante de la foi chrétienne dans la commune descendance d’Abraham, alors que chacun sait que l’islam est une loi (la charia) immédiatement applicable à l’ordre social.

 

Deuxième réalité touchée par Freysinger : le chantre suisse d’une politique vraiment identitaire est parvenu à faire comprendre aux électeurs qu’il existait une politique respectueuse de l’identité chrétienne de la Suisse et de son drapeau frappé d’une croix blanche. « Refusons, s’écrie-t-il dans son discours programme du 1er août 2007 d’échanger la table en mélèze contre le meuble en formica ». La civilisation chrétienne, ce n’est pas simplement une « culture » au sens germanique du terme, une disposition subjective des individus, c’est aussi un patrimoine, fait de pierres et de mots, qui ne dépend pas de nous, que nous trouvons à notre naissance mais qu’il nous appartient de protéger. Les minarets sont conçus par Freysinger comme des pierres de trop…

 

Troisième réalité touchée par Freysinger : la nécessité de la foi en politique, une foi qui est aux antipodes de la résignation qui gagne l’Europe, une foi qui peut tout changer : « Un pays est toujours aussi fort que la foi que ses citoyens ont en lui et aussi faibles que les doutes qu’ils nourrissent à son égard ». Freysinger rendra-t-il aux Européens leur foi en eux-mêmes. Leur fera-t-il oublier enfin le triste sanglot de l’homme blanc en proie à la mauvaise conscience ?

 

Il me semble qu’il y a une quatrième réalité, dont Freysinger ne parle pas, mais que son action pourrait mettre en valeur. En écoutant Annie Laurent, hier dans une conférence sur les chrétiens d’Orient, donnée au Centre Saint Paul où elle faisait salle comble, j’ai été saisi par l’urgence du principe de réciprocité : ce que les musulmans font chez eux, ils doivent le subir chez nous… jusqu’à nouvel ordre. Si demain les conversions de musulmans étaient devenues vraiment libres, on ne sait pas quel impact pourrait avoir le christianisme dans ces pays non encore gagnés par la Révolution libérale.

Ce principe élémentaire de réciprocité, on ne comprend pas que les évêques qui y sont les premiers intéressés ne s’en fassent pas les fervents propagandistes. Si on l’applique aux Mosquées, cela signifierait des restrictions considérables dans la construction d’édifices cultuels, comme cela existe pour les édifices voués au culte chrétien dans tous les pays d’islam, intégrisme ou pas.

 

En regardant Oskar Freysinger, je pense à Soljenitsyne le dissident et à son mot : « une seule goutte de vérité peut changer le monde ». Cette goutte de vérité a entraîné la ruine du communisme en son temps. Que fera-t-elle dans le nôtre ?

Alain Hasso

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