Renaud Dély en flagrant délire / par Alain Hasso

Publié le par monde et vie

Il y a un autre enseignement d’Oskar Freysinger. Celui-là il est involontaire. Il faut dire que même Freysinger n’imaginait pas le ras de marée auquel donnerait lieu sa votation, et les 57, 5 % d’électeurs suisses votant contre les Minarets. Le résultat du referendum suisse concerne au plus haut point la vie politique française. Il nous montre la méfiance de plus en plus librement affichée de la classe médiatique pour la démocratie. Prenez Renaud Dély, journaliste à Marianne, grand donneur de leçon sur tous les plateaux télé. Cette fois, dans Marianne, c’est à la démocratie qu’il s’en prend. Jugez plutôt :

 

« Cette votation suisse souligne les limites mêmes de l’’arme référendaire. Elle n’est ni bonne ni mauvaise en soi. Il s’agit d’un outil démocratique à manier avec une extrême précaution. L’identité de ceux qui y recourent (sic), le sujet de la consultation (re-sic) et la manière même dont la question est posée, tous ces ingrédients doivent être étroitement contrôlés pour que le referendum d’initiative populaire éveille les consciences plutôt que les plonge dans les ténèbres de l’obscurantisme. Sauf à verser dans une démagogie infantilisante, l’exercice démocratique ne consiste pas à voter sur tout et n’importe comment » (Marianne du 5 décembre)

 

Nous ne sommes plus en démocratie (ce gouvernement de la majorité des citoyens). Nous ne sommes plus en république (ce gouvernement de l’unanimité présumé des citoyens : cette unanimité personne n’y croit plus). Nous sommes en oligarchie et il est urgent de contrôler l’usage de la démocratie, pour que les gens ne votent pas « n’importe comment », mais votent dans le sens qu’on attend d’eux. L’Union européenne a compris le système : si les gens votent « mal », on les fait revoter jusqu’à ce que le résultat escompté sorte des urnes. Dans le cas de la Suisse (qui rappelons le ne fait pas partie de l’UE et peut encore se permettre ce genre de liberté, raison pour laquelle sans doute on s’en prend à ses banques plus qu’à n’importe quel autre paradis fiscal), le résultat de la votation populaire est tellement sacré qu’il fait immédiatement partie de la constitution.

 

On notera le niveau intellectuel de cette petite coterie mondialisé qui normalise le vote des citoyens et ne supporte pas que l’on vote « n’importe comment ». Renaud Dély n’hésite pas à utiliser une phraséologie complètement obsolète mais toujours diabolisante, en évoquant, à propos de ceux qui votent « mal », « les ténèbres de l’obscurantisme ». il suffit de voir et d’entendre Oskar Freysinger pour s’apercevoir que les ténèbres de l’obscurantisme, son charisme personnel les transperce immédiatement.

 

Depuis la révision du 21 jullet 2008, nous possédons constitutionnellement le pouvoir d’exprimer nos intentions par referendum. En Suisse, il suffit de réunir 110 000 signatures. En France, il faut avoir regroupé 10 % des électeurs inscrit avant de pouvoir penser créer un débat autour d’un référendum . Autant dire que Renaud Dély n’a pas trop de soucis à se faire et que la démocratie en France, la vraie, la démocratie directe, ce n’est pas pour demain.

Alain Hasso

 

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