JMJ, le plus important.

Publié le par monde et vie

Si je ne devais retenir qu’un seul événement de ce mois d’août 2011, je ne choisirais pas le krach boursier, ni la dégradation de la note américaine sur les marchés. Je ne choisirais pas non plus la chute du régime de Kadhafi en Libye, ni la prise de Tripoli par les révolutionnaires ; encore moins l’abandon des poursuites contre Dominique Strauss-Kahn aux Etats-Unis. Plutôt que ces tapages du monde, je choisirais le silence, l’impressionnant silence d’un million cinq cent mille jeunes adorant, en communion avec un vieillard non moins jeune qu’eux, le Roi des rois dans le Saint-Sacrement. Un moment de grâce si puissant que le vent et la pluie eux-mêmes s’interrompirent pour le respecter et laisser souverainement souffler l’Esprit. La caméra de télévision qui prenait les images de la veillée de ces Journées Mondiales de la Jeunesse s’attarda indiscrètement sur le joli visage d’une jeune fille en larmes – pleurs de l’âme baignée par l’amour de son Créateur. On était à des années-lumière, des années paradis d’autres images abondamment diffusées et commentées par les chaînes françaises trois jours plus tôt, montrant la dérisoire manifestation des opposants à la venue de Benoît XVI, déguisés pour certains en religieuses ou en pape, et suivant une fausse papa mobile ornée d’une tête de diable. Ces singeries-là, singeries de Dieu, portent la griffe de leur auteur. Qu’importe ces rumeurs d’un monde matérialiste et sec ! La liesse des jeunes pèlerins était un bain de jouvence. Le spectacle des milliers de drapeaux de tous les pays flottant au-dessus des foules innombrables qui d’un seul coeur acclamaient le pape, et surtout le Christ à travers lui, proclamait cette évidence : l’Eglise catholique, universelle, est la seule internationale qui tienne et qui ait jamais tenu. Mais c’est aussi la seule internationale qui respecte et proclame les droits des peuples et des nations – sa communion n’est pas uniformité. A voir communier dans une même foi et une même ferveur ces jeunes de toutes races et de toutes nationalités, me revenait en mémoire l’Apocalypse de saint Jean : « C’était une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le trône et devant l’agneau, vêtus de robes blanches et des palmes à la main. Ils proclamaient à haute voix : Le salut est à notre dieu qui siège sur le trône et à l’agneau. » Le royaume de Dieu est aussi sur cette terre. Et il y porte du fruit. Ceux de mes lecteurs qui ont connu Paris lors des JMJ de 1997 se souviendront sans doute du climat si particulier qui avait alors baigné la capitale. Son mouvement toujours pressé semblait s’être ralenti, même dans la lumière artificielle du métro les visages n’étaient plus comme à l’accoutumée moroses, indifférents ou renfrognés, la ville paraissait soudain joyeuse. Selon les témoignages qui m’ont été rapportés, Madrid a connu le même phénomène – je n’écrirai pas : la même transformation, faute de connaître le climat habituel de la capitale espagnole. Le pape a regagné Rome et les jeunes pèlerins leurs pays d’origine, le bruit et les rumeurs du monde. Mais les JMJ ne sont pas une simple parenthèse, un coup d’oeil jeté par la porte entrouverte du Royaume avant de retourner aux occupations vulgaires de la vie profane.

Le pape vient d’envoyer en mission aux quatre coins du monde – les cérémonies ne se déroulaient-elles pas sur l’aéroport des Quatre vents ? – un million cinq cent mille jeunes gonflés de foi, d’espérance et de charité. Nul doute que ce qui a été semé en si bonne terre porte du fruit. C’est pourquoi ces JMJ madrilènes sont de loin l’événement le plus important de cet été 2011.

 

Eric LETTY.

éditorial du numéro 847. en vente ici

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