La crise ! Quelle crise ?

Publié le par monde et vie

Alors que je m’entretenais récemment avec un ami, âgé d’une quarantaine d’années et cadre dans une grande entreprise, de « la crise », de la nouvelle dégringolade de la bourse, des menaces qui planent sur les banques françaises et sur les Etats eux aussi menacés, je fus étonné de l’entendre s’exclamer: « Et moi qui croyais que c’était fini ! »  Finie, la crise? Comment avait-il pu le croire ? Peut-être, après tout, en se fiant aux déclarations de Christine Lagarde du 20 août 2007 : « Je pense qu’on a le gros de la crise financière derrière nous »; du 20 septembre 2008: « Le gros risque systémique qui était craint par les places financières et qui les a amenées à beaucoup baisser au cours des derniers jours est derrière nous »; du 19 février 2010: « La récession est derrière nous » ; ou encore du 9 septembre 2010: « La reprise est engagée en France. Le pays est désormais dans l’après-crise. » Si gouverner, c’est prévoir, force est de constater que l’ancien ministre de l’Economie ne gouvernait alors rien. Elle n’a pourtant pas l’air d’une « rigolote », paraît au contraire sérieuse et, contrairement à tant d’autres ministres, elle n’est même pas issue de ce sérail politique que nos concitoyens soupçonnent à bon droit d’être un ramassis de propres à tout, bons à rien, nourris dans la carrière grâce à l’argent public. Or, à peine devenue directrice générale du Fonds Monétaire International, l’ancien ministre de l’Economie annonce, en s’appuyant sur les travaux des économistes de l’institution qu’elle dirige désormais, qu’il est urgent de recapitaliser les banques européennes; et rectifie le tir quelques jours plus tard, au G7, en déclarant que l’analyse du FMI a été « mal rapportée » (par elle-même…?) à la suite d’une « fuite », qu’il ne s’agissait d’ailleurs que d’un document de travail et en tout cas, « ni d’un stress-test, ni d’une estimation des besoins en capital du secteur bancaire européen. » En somme, tout va très bien madame la marquise, nous ne sommes pas entrés « dans une nouvelle phase dangereuse », il n’est donc pas urgent de recapitaliser les banques et le FMI nous a fait une farce. – Au fait, l’opposition de l’Europe, des banques et du Medef n’a-telle vraiment aucune part à ce revirement ? Au reste, qui recapitaliserait? Un secteur privé qui assiste à la chute des valeurs des banques? Ou des Etats déjà surendettés – et dont les contribuables, notamment en France, subissent une pression fiscale déjà considérable? Je ne voudrais pas donner l’impression d’en vouloir particulièrement à Christine Lagarde. Je me souviens avoir entendu Nicolas Sarkozy lui-même, alors ministre de l’Economie, regretter lors de la présentation du projet de loi de finances pour 2005 que les ménages français ne fussent pas prêts à s’endetter davantage pour augmenter la croissance et citer en exemple les ménages américains: trois ans plus tard éclatait la crise des subprimes aux Etats-Unis… Une fois encore, gouverner, c’est prévoir. A cet égard, je fais mienne la conclusion de l’éditorialiste du Monde, qui écrivait récemment: « On ne reprochera pas aux ministres des finances du groupe des sept vieilles puissances industrielles (le G7) réunis le week-end dernier à Marseille d’avoir été francs: ils ne comprennent pas les marchés. » 

Eric LETTY.

éditorial du numéro 848. en vente ici

 

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