L'éditorial d'Eric Letty. N° 845. En vente actuellement sur www.monde-vie.com

Publié le par monde et vie

Les enfants qui joueront, au cours des prochaines années, au jeu des sept familles françaises auront de plus en plus de mal à distinguer la carte du père de celle de la mère. Tout est fait pour engendrer la confusion des genres : l’inscription de la théorie du « gender » dans les programmes de Sciences et vie de la terre en classe de première, avec la bénédiction du ministre de l’Education nationale, Luc Chatel (voir page 12) ; les déclarations de Roselyne Bachelot, ministre – sans rire – de la Cohésion sociale, en faveur de la légalisation du mariage homosexuel ; ou encore les dernières mesures envisagées pour prolonger le congé paternité, comme le propose l’Inspection générale des affaires sociales, qui recommande d’instaurer un « congé d’accueil de l’enfant » facultatif de deux mois, réparti à égalité entre le père et la mère. Il remplacerait l’actuel congé paternité de 11 jours, que deux tiers des pères seulement utilisent, ce qui choque Laurence Parisot.
Le président du Medef, qui connaît d’autant mieux la question qu’elle est célibataire sans enfant, souhaite que ces onze jours de congé deviennent obligatoires. Il est rare que le patronat français milite pour contraindre les salariés à prendre des congés dont ils ne veulent pas. On imagine donc que la « patronne des patrons » y est poussée par des raisons supérieures, relevant du bien commun, et l’on pense évidemment d’abord au bien de l’enfant.
A tort. L’enfant, Laurence Parisot s’en contrefiche ; ce qui lui importe, c’est l’égalité des sexes sur le lieu de travail. Or le congé maternel, à l’en croire, « freine trop souvent la carrière des femmes ». Obliger les pères à pouponner pendant ces 11 jours – un congé moins long « dans un premier temps » que celui des femmes – permettrait de rétablir l’équilibre.
L’idée a enchanté le ministre du Travail, Xavier Bertrand, et l’inépuisable Roselyne Bachelot., qui n’a pourtant pas les mêmes circonstances atténuantes que Laurence Parisot puisqu’elle ne peut ignorer, elle, que ce sont les mères qui portent les enfants et qui allaitent.
Toutes ces crétineries frappées au coin de l’idéologie butent en effet sur les réalités les plus éculées, les plus archaïques et aussi les plus humaines. Ni l’homme, ni la femme n’ont attendu le XXIe siècle pour savoir, d’une source aussi sûre que peuvent l’être l’amour paternel ou maternel, qu’au sein de la famille, depuis que le monde est monde, la division bien comprise des tâches confie au premier le soin de chasser le mammouth et à la seconde la bonne ordonnance du foyer et l’éducation première des enfants – en particulier des tout-petits, qui tètent encore à la mamelle et n’ont rompu que très récemment le cordon ombilical, sans aucune aide du petit père Freud.
De vous à moi, je ne suis d’ailleurs pas certain que la chasse du mammouth soit tellement plus importante que l’éducation des enfants ; et le spectacle que donne une certaine jeunesse – qui, heureusement, n’est pas toute la jeunesse – me convaincrait plutôt du contraire. Il est vrai que je suis réactionnaire.
C’est donc en réactionnaire que j’ai reçu la nouvelle du meurtre d’une joggeuse de 17 ans et de la mort d’une fillette de 13 ans, tuée par un gamin à peine plus jeune qu’elle.
Et en « réactionnaire » aussi que j’ai appris les inculpations de Dominique Strauss-Kahn, présidentiable, et de Georges Tron, ministre au petit pied, suspectés de tentative de viol et d’agression sexuelle.
Ça n’a rien à voir, dira-t-on ? Pourtant ces différents faits illustrent tous une même évolution, par l’anéantissement des repères, vers l’avènement d’un homme nouveau décérébré et dévertébré. L’histoire, elle, a de la mémoire. Nous recueillons les fruits pourris de 68.


Eric Letty

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