Universae Ecclesiae : l’Eglise fait sa révolution…

Publié le par monde et vie

EXTRAIT DU NUMERO 843 EN VENTE DES LE 18 MAI 2011

 

La liturgie est l’un des enjeux majeurs de l’actuel pontificat. L’instruction Ecclesiae universae, datée du 30 avril dernier et publiée le 13 mai, pourrait bien donner raison à ceux qui voient dans le 13 mai une date prophétique depuis l’apparition de la Vierge à Fatima le 13 mai 1917. Plus qu’une confirmation, pour les partisans de la liturgie traditionnelle, une révolution sur du velours pour… l’Eglise universelle ?

Ecclesiae universae: dès les premiers mots latins, qui la désignent désormais dans l’usage du public, l’instruction sur l’application de la Lettre apostolique Summorum pontificum, donnée en forme de Motu proprio, entend se placer au niveau ecclésial le plus large et donc le plus élevé. Voyez aussi dans ce sens quelques détails significatifs : Summorum pontificum n’est pas seulement un Motu proprio libéralisant la messe traditionnelle, c’est-à-dire une décision toute personnelle d’un pape dont on pourrait dire qu’il a été trop personnel en l’écrivant. C’est une « Lettre apostolique ». Elle a valeur magistérielle : « Par ce Motu Proprio, le Souverain Pontife Benoît XVI a promulgué une loi universelle pour l’Église, avec l’intention de donner un nouveau cadre normatif à l’usage de la liturgie romaine en vigueur en 1962 » peut-on lire dès le numéro 2 du nouveau document. Et d’insister : « Le Motu Proprio Summorum Pontificum constitue une expression remarquable du magistère du Pontife romain et de sa fonction propre - régler et ordonner la sainte liturgie de l’Église - et il manifeste sa sollicitude de Vicaire du Christ et de Pasteur de l’Église universelle » (n° 8). Tout se passe comme si le pape voulait donner le maximum d’importance et de consistance à ces deux textes, la Lettre apostolique Summorum pontificum et l’instruction Ecclesiae universae, en faisant de leur contenu, l’expression de son magistère pontifical. Il se compare d’ailleurs à deux grands papes liturgistes: saint Grégoire le Grand et saint Pie V. Rien moins ! Bref il s’agit de graver dans le marbre les avantages acquis par « le nombre toujours plus important des fidèles qui demandent à user de la forme extraordinaire » (n° 7). Mais il ne suffit pas de graver dans le marbre. Il faut organiser. Il faut faciliter l’application

Une véritable réforme « démocratique »

En 2007, le Motu proprio (c’était une surprise pour tout le monde) paraissait pouvoir se passer d’interprétation. Il était précis : il évoquait les groupes stables de demandeurs laïcs, il donnait pouvoir d’abord aux curés pour accorder, puis, en cas de litige, à l’évêque, et enfin, dans ses articles 11 et 12, à la Commission pontificale Ecclesia Dei. Ces deux articles n’avaient jamais reçu, à ce jour, un commencement d’exécution. Résultat? La clef du voûte du dispositif, juridiquement absente, ne pouvait pas jouer son rôle de recours. Concrètement, dans chaque diocèse, l’Eglise ayant horreur du vide juridique, la clef du voûte du dispositif a été l’évêque et dans chaque pays, comme il est naturel, la conférence épiscopale. Désormais, c’est fini: la Commission Ecclesia Dei, grande gagnante dans cette affaire, reçoit explicitement du pape des pouvoirs juridictionnels pour arbitrer les conflits qui ne manquent pas entre les groupes stables et les autorités ecclésiastiques locales : « Le Souverain Pontife a doté la Commission pontificale Ecclesia Dei d’un pouvoir ordinaire vicaire dans son domaine de compétence, en particulier pour veiller sur l’observance et l’application des dispositions du Motu Proprio Summorum Pontificum » (n° 9). Ce n’est pas encore assez précis? Le texte de l’Instruction Ecclesiae universae insiste : « La Commission pontificale exerce ce pouvoir, non seulement grâce aux facultés précédemment concédées par le pape Jean Paul II et confirmées par le Pape Benoît XVI, mais aussi grâce au pouvoir [nouveau donc] d’exprimer une décision, en tant que Supérieur hiérarchique, au sujet des recours qui lui sont légitimement présentés contre un acte administratif de l’Ordinaire qui semblerait contraire au Motu Proprio » (n° 10, § 1). La Commission est donc nantie des pouvoirs d’un véritable tribunal pontifical, où les plaignants seront les laïcs demandeurs et les accusés… tous ceux qui ne marqueraient pas assez de « générosité » dans l’application de la Lettre apostolique. Bien sûr, le paragraphe 2 du même article 10 stipule que les personnes mises en cause peuvent aller devant la Signature apostolique – équivalent romain de la Cour de cassation. Les plaignants ont donc intérêt à se munir d’un bon avocat et à respecter les délais de procédure, car tout sera fait dans le culte du droit. Il y a dans ce savant dispositif – c’est le trait de génie de Benoît XVI – une véritable réforme « démocratique » de l’Institution ecclésiale. Défendant la tradition liturgique, il construit, pour les besoins de la restauration liturgique, un vrai contre pouvoir dans une Eglise qui n’en avait plus depuis le Concile… Qu’en pensera Golias? Les hommes seront-ils à la hauteur de cette noble vision de l’Eglise et de son avenir ?


Abbé G. de Tanoüarn

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