Islam : le prix d’une conversion. Entretien avec Jospeh Fadelle

Irakien converti au christianisme, Joseph Fadelle est aujourd’hui réfugié en France. Son livre, « Le prix à payer », est une bombe : un témoignage bouleversant pour les chrétiens et dérangeant pour ceux qui croient que l’islam est une religion de paix…

Pourquoi ce livre?
C’est un livre de témoignage, sur ma vie. Il montre comment les chrétiens sont persécutés. Il était important pour moi de dévoiler la façon dont les chrétiens sont poursuivis pour leur foi, pour leurs croyances, parfois jusqu’à la mort.
Etes-vous un miraculé?
J’ai échappé, par miracle, à plusieurs attentats.
Pouvez-vous vous présenter? Qui êtes-vous?
Je suis un Irakien, chiite, descendant du prophète. Je suis de la famille des Moussaoui, mon père avait des responsabilités – civiles, pas religieuses – dans le clan. C’était un homme très important dans son entourage. J’étais destiné à lui succéder. Je vivais dans un monde à part, avec la fierté d’être supérieur aux autres. Quand les gens me saluaient, ils me baisaient la main… Je remercie le Seigneur aujourd’hui, car cet orgueil a été remplacé par l’humilité et l’amour.
Pendant votre service militaire, vous rencontrez un chrétien, Massoud…
C’était la première fois que j’en rencontrais un ! Je ne connaissais des chrétiens que ce qu’en dit
le Coran: ils ont trois dieux, ils sont impurs et on ne les fréquente pas… C’était pour moi un cauchemar que de partager ma chambre avec lui.
Or, à l’usage, il se révèle sympathique.
En effet, il était aimable, et j’ai eu envie de le convertir à l’islam ! Je pensais que c’était facile; il suffisait de lui expliquer que la Bible est un livre falsifié. Mais il n’a pas voulu entrer dans cette discussion. Au contraire il m’a demandé de lire le Coran, de le comprendre.
Le Coran, vous le connaissiez, pourtant…
Je le lisais comme beaucoup de musulmans, c’est-à-dire que j’apprenais et récitais par cœur, sans comprendre. Chaque lecture compte comme une bonne action pour le jugement dernier… Sous le conseil de Massoud, j’ai donc commencé à lire le Coran, mais en tentant de comprendre chaque phrase. Et j’ai trouvé des incohérences. Je suis allé trouver un ayatollah, un ami de mon père, pour lui poser des questions… et ses réponses étaient encore plus incohérentes que mes questions! A un moment, n’arrivant plus à répondre, il m’a dit : « Les gens me posent des questions simples : ce qui est permis (halal), ce qui est péché ». Et il m’a demandé de ne plus venir le voir, trouvant mes questions étranges et compliquées… En quelques mois tout s’est effondré, je n’avais plus la foi dans le Coran et le prophète. Je sentais tout mon être se défaire. Alors je me suis retourné vers Massoud pour lui demander de lire l’Evangile.
Et quand vous lisez l’Evangile, qu’est-ce qui vous frappe le plus?
L’amour et le pardon : «Aimez vos ennemis ». Je ne pense pas qu’avant le Christ – ni après – quelqu’un ait parlé comme Lui de l’amour et du pardon.
On ne parle pas d’amour dans le Coran?
Non, on ne parle pas d’amour.
Aimer ses ennemis, c’est absurde pour un musulman?
Les musulmans ont du mal à recevoir le message du Christ, en particulier « Aimez vos
ennemis ». Dans le Coran, c’est œil pour œil, dent pour dent.
Un jour, vous faites un rêve étrange… vous voyez un homme, de l’autre côté d’une rivière.
Ce songe, j’aurais aimé le garder pour moi. Ma foi n’est pas basée sur ce songe. Mais il a été une clé pour entrer dans la foi. Le message du Christ, je l’ai lu dans les Evangiles, et j’ai cru à la bonne parole.
Une fois converti dans votre cœur, vous allez frapper à la porte des églises…
Quand je suis allé frapper à la porte des églises, je m’attendais à être reçu, accueilli à bras ouverts. J’ai été très surpris et déçu qu’ils me ferment la porte au nez. Ils avaient peur, une peur que je trouvais excessive. Aujourd’hui que je n’habite plus en Irak, avec le recul, je comprends leur réaction. Le prosélytisme est interdit : si on avait appris qu’un chrétien m’avait accueilli, c’était la mort pour lui. Et pour moi.
Votre épouse s’est convertie à son tour…
J’avais été forcé de me marier par mon père, alors que je songeais à rejoindre une communauté chrétienne qui m’accueille. Quand j’ai eu un fils, j’ai voulu l’attirer à son tour vers le christianisme, ainsi que ma femme. La première fois que je lui en ai parlé, elle était complètement affolée, déboussolée. Je lui ai expliqué ce qu’était le christianisme. Elle y a été sensible, elle m’a écouté. Aujourd’hui, je rends grâce de sa foi. Elle y a été sensible, elle m’a écouté. Aujourd’hui, je rends grâce de sa foi. Elle y a été d’autant plus sensible que dans l’Islam, la femme est considérée comme ayant moitié moins d’intelligence qu’un homme, elle est moitié moins digne de respect. Au paradis, les hommes ont des sirènes; les femmes n’ont rien du tout. L’homme a tous les droits vis-à-vis de sa femme : de la frapper, de la répudier. La
femme n’a aucun droit. Je m’étonne qu’il reste encore des femmes dans l’Islam…
On le comprend en lisant votre livre. C’est une religion qui tient par le contrôle, la dénonciation, la terreur, la violence. On le voit bien quand votre famille se rend compte que vous vous êtes converti…
Je ne m’attendais pas à cette réaction de la part de mes parents; pas du tout. Ils avaient remarqué que mon comportement avait changé; je ne priais plus, je ne faisais plus le ramadan. Tout cela les perturbait. Cela les a incités à me surveiller, surtout quand j’ai demandé à habiter séparément. Jusqu’au jour où ils ont trouvé une Bible dans ma chambre, que j’avais pourtant cachée. Ils ont interrogé mon fils, qui avait quatre ans, avec qui nous allions à la messe tous les dimanches. Ils lui ont demandé: où allez-vous ensemble? Il leur a fait un signe de croix…
Une fatwa a alors été prononcée contre vous.
Mes parents m’ont mis dans le coffre de leur voiture, les mains liées dans le dos, et m’ont amené à l’ayatollah, la plus haute autorité chiite de l’époque en Irak. A la demande de mon père, il a signé cette fatwa, disant : si vraiment vous avez la preuve qu’il est devenu chrétien, tuez-le, et vous serez récompensé par Dieu…
On présentait pourtant l’Irak de Saddam comme un pays laïc.
Ce n’était pas un Etat laïc. Saddam jouait double jeu : il parlait d’Etat laïc pour plaire aux Occidentaux; et pour calmer les fondamentalistes islamiques, il faisait appliquer la charia.


Propos recueillis par Antoine Couraye

Le prix à payer, Joseph Fadelle, éditions de L’œuvre, 224 pages, 18€

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