Villepin et Sarkozy, la querelle des Atrides

Publié le par monde et vie

Nicolas Sarkozy vouait naguère Dominique de Villepin à la pendaison à un croc de boucher. Ironie du sort, c’est lui qui se trouve, aujourd’hui, pendu au « croc de boucher » de la justice. En demeurant partie civile dans l’affaire Clearstream après son élection à la présidence de la République, il a commis une grave erreur.

 Erreur, en premier lieu, par rapport à la fonction qu’il incarne et dont l’actuel chef de l’Etat n’a jamais mesuré l’exigence, en termes de prestige et de solennité. Quoi qu’on en ait, et quelle que soit l’incongruité de cette usurpation, le président de la République française, surtout sous la Vème du nom, apparaît comme l’héritier des rois de France. « Le roi de France ne vengera pas les offenses faites au duc d’Orléans », disait Louis XII après son sacre. Nicolas Sarkozy n’a pas compris – ou pas voulu comprendre – la force et la sagesse de cette règle de conduite politique.

Lui, qui n’a eu de cesse d’apparaître comme un artisan d’unité en affectant de rassembler autour de sa personne des personnalités débauchées de la gauche aux côtés de ministres issus de sa majorité, a montré qu’en dépit des apparences qu’il veut donner, il reste incapable de se situer au-dessus de la mêlée et du niveau ordinaire de la politichiennerie.

 Cette première erreur en a provoqué une seconde. La relaxe de Villepin est un camouflet qui l’atteint directement. Si Sarkozy ne s’était pas constitué partie civile, s’il n’avait pas, depuis New-York, anticipé la décision du juge en se prononçant publiquement sur la culpabilité de l’accusé Villepin, la décision du Parquet de faire appel de la relaxe de l’ancien premier ministre semblerait peut-être moins commandée par l’Elysée.

 Dans les circonstances actuelles, on a le sentiment que le président de la République s’accroche à sa rancune et refuse de renoncer à sa vengeance. Il importe peu que ce sentiment soit vrai ou faux, et que l’Elysée ait fait pression ou pas sur le Parquet : telle est la lecture que la majorité des Français fera de l’événement.

 Si la cour d’appel confirme le jugement de première instance, sa décision n’apparaîtra même plus comme un camouflet pour le chef de l’Etat, mais comme sa complète déconfiture. Si elle condamne Dominique de Villepin, on accusera la justice d’avoir pris ses ordres du pouvoir.

 Car Villepin le manipulateur, Villepin le combinard, Villepin tel qu’on l’a vu en ses œuvres, a beau jeu dès à présent de se présenter en victime expiatoire de la vindicte présidentielle. Il en remet. Il en rajoute. Il vibrionne. Respirant lui aussi la haine et la vengeance, il endosse déjà le manteau des Atrides, celui du frère ennemi, issu du même bord politique, de la même droite abâtardie et mollassonne, celle des repentances et de la discrimination zéro-positive, qui, depuis des années, enfonce du même pas que la gauche le pays dans l’impasse.

 Il avertit qu’il sera, contre Sarkozy, candidat à la présidentielle et l’on comprend déjà que le but principal de l’ex-premier ministre ne consistera pas à gagner l’élection – les enquêtes d’opinion, pour l’instant, ne le créditent pas plus que de 8 % des voix – mais à faire perdre Sarkozy.

 Ainsi divague la politique française en ce début d’année 2010, alors que l’OCDE prévoit 11 % de chômeurs en France en 2010, que nos entreprises sont étranglées, que le déficit du budget de l’Etat et celui de la Sécurité sociale battent des records, et que le pays, qui ne parvient même plus à définir sa propre identité, risque de se désintégrer sous la pression de communautarismes exogènes.

Hervé Bizien

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article