Sans familles, pas de retraites

Publié le par monde et vie

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La principale menace qui pèse aujourd’hui sur notre système de retraites est une menace démographique. Quand les retraités seront aussi nombreux que les actifs, comment la répartition pourra-t-elle fonctionner ?
Les projections démographiques sont sans miséricorde. En 1991, à l’époque où Michel Rocard tirait le premier la sonnette d’alarme en publiant son livre blanc sur les retraites, 11 millions de Français étaient âgés de plus de 60 ans, ce qui représentait 20% de la population. D’ici vingt ans, en 2030, le tiers des Français, soit plus de 20 millions d’entre eux, auront plus de 60 ans. Le nombre d’actifs par rapport aux retraités n’a cessé de se réduire depuis les années soixante, où ils se comptaient encore 4,14 pour 1. Aujourd’hui on ne trouve plus que 1,40 actif pour un retraité, et dans une vingtaine d’année, ce sera presque de 1 pour 1… Dans un régime de retraite par répartition, où les pensions sont directement financées par les cotisations des actifs, on comprend aisément les conséquences de ce déclin. Il n’est pas dit qu’un régime par capitalisation, dans lequel les retraites seraient abondées par le produit des placements, s’en trouverait beaucoup mieux. Economiste de tendance libérale, professeur émérite des universités, membre honoraire du Conseil économique et social, Jacques Bichot a siégé au Conseil de surveillance de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav) et est aujourd’hui considéré comme l’un des meilleurs experts français en matière de retraites.


L’illusion immigrée


A la rubrique « Démographie » du dictionnaire de la réforme qu’il vient de publier, il pointe « l’erreur grossière faite par ceux qui voient dans la capitalisation un moyen de se soustraire aux conséquences de la démographie sur les retraites. Pour que les fonds de pension puissent servir des prestations en rapport avec les espérances de leurs adhérents, encore faut-il qu’il existe suffisamment d’acheteurs pour les actifs qu’ils détiennent. Or qui est en phase d’accumulation d’un patrimoine? Les personnes professionnellement actives, pas les retraités. Donc, si les adultes sont relativement peu nombreux en proportion des retraités, les valeurs mobilières et les biens immobiliers seront davantage offerts à la vente que demandés à l’achat. En conséquence, le prix de ces actifs diminuera – et les fonds n’obtiendront que des sommes trop modestes pour verser des pensions généreuses. Autrement dit, le vieillissement de la population est mauvais pour les retraites par capitalisation comme pour les retraites par répartition. » Certains comptent sur les enfants des autres, c’est-à-dire les immigrés, pour combler les manques démographiques et payer les retraites des Français. Telle était l’idée, par exemple, de Michel Gevrey, rapporteur d’un document établi en 1983 par la Commission du plan du Conseil économique et social, qui estimait que l’immigration pourrait « contribuer dans les décennies à venir à la croissance économique, au développement de l’emploi, au financement des retraites et de la protection sociale, en complémentarité de la politique familiale et de natalité.»
Pour l’instant, cependant, les rares études – évidemment pas officielles – qui ont été réalisées sur le coût de l’immigration, comme celles d’Yves-Marie Laulan, de Jacques Bichot, de Maurice Allais ou de Jean-Paul Gourévitch, montrent toutes qu’elle coûte beaucoup plus qu’elle ne rapporte. Quant à la politique familiale, Nicolas Sarkozy a déjà montré tout le cas qu’il en faisait : avant de la confier aux bons soins de Nadine Morano, qui de tous les ministres est sans doute la moins qualifiée pour ce poste, il n’avait même pas jugé utile de lui consacrer même un strapontin dans son premier gouvernement.


Hervé Bizien, extrait du n° 826
Jacques Bichot, Retraites, le dictionnaire de la réforme, co-ed. Sauvegarde Retraites et L’Harmattan.

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