Lipdub, zizique et ridicule – Sauterie gouvernementale chez les Jeunes populaires / par Hervé Bizien

Publié le par monde et vie

Les Français qui garderaient quelque doute sur les hautes qualités de l’actuelle équipe gouvernementale trouveront intérêt à consulter le dernier clip –pardon, « lipdub » – des « Jeunes populaires », comme se nomment eux-mêmes les jeunes militants UMP, sur le site du Figaro.

 

Les « Jeunes populaires » s’y échinent à nous prouver qu’ils sont pleinement « jeunes » et vraiment « populaires », malgré leur style BCBG et le choix d’une rengaine chantée en chœur qui est à la musique ce que la soupe à l’eau tiède est à la gastronomie. C’est niais, moche, mièvre – en un mot, c’est UMP.

 

Et démago, par conséquent : avant d’entraîner le spectateur abasourdi dans une chorégraphie qui caricature les « claudettes » des années 70, le clip souligne avec tact qu’on peut militer à l’UMP même quand on est en fauteuil roulant, ou aveugle, ou sourd. Ainsi voit-on Gilbert Montagné conduire une voiture – clin d’œil subtil à sa cécité et preuve qu’au volant, la vue n’est plus la vie –, ou une jeune fille accompagner les chœurs dans le langage gestuel des sourds-muets. On peut en effet prévoir qu’après la diffusion de ce morceau d’anthologie, seuls les aveugles-sourd-muets prendront leur carte aux Jeunes Po sans crainte du ridicule…

 

Peu de militants « de couleur », en revanche, dans ce « lipdub » : quant à la diversité, les Jeunes po restent clairement en-deçà des quotas… Il est vrai qu’ils sont couverts, côté « communautés », par l’appartenance de leur président au lobby homo.

 

Pour corriger sans doute cette excessive proportion de « natifs » (comme dirait Chirac) dans leurs rangs, les jeunes sarkozistes ménagent dans leur clip une place avantageuse à Rama Yade et à Rachida Dati. Y figurent aussi le ban et l’arrière-ban de la droite la plus ringarde du monde, avec, entre autres, Patrick Devedjian ; David Douillet, l’homme-le-plus-populaire-de-France, toujours prêt à mouiller son kimono pour les copains politiques ; le ministre du travail Xavier Darcos, qui exécute la danse des éléphants ; celui de l’immigration, Eric Besson ; celui de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, dansant survoltée sur la tombe de l’université française, tandis que ses collègues à l’économie et au budget, Christine Lagarde et Eric Woerth, semblent se trémousser sur l’abîme de nos finances publiques ; le Secrétaire d’Etat à la famille, Nadine Morano, qui se découvre une vocation de pop star sur le tard aux côtés du secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand… Il n’est pas jusqu’au porte-flingot politique de Sarko, Frédéric Lefebvre, dont le physique évoque plutôt un second rôle de flic ripoux dans le dernier polar télé que celui d’un habitué des rallyes du XVIe, qui roucoule la chansonnette : « Tous ceux qui veulent changer le monde… »

 

Avec eux, on est gâté.

 

La question demeure : depuis le temps qu’ils sont au pouvoir, qu’est-ce qui a empêché nos sautillants ministres de changer le monde ? Quand l’ancien Garde des Sceaux, Rachida Dati, chante : « J’entends la révolte qui gronde », que veut-elle signifier ? D’ordinaire, la révolte gronde contre le pouvoir, et pour autant que l’on sache, le pouvoir aujourd’hui est entre les mains de l’UMP…

 

Le clip des jeunes de l’UMP n’aura pas complètement raté son but : les Français se sont bousculés pour rire aux dépens de nos gouvernants. Il vérifie un vieux dicton que nos Excellences auraient dû se rappeler : ce n’est pas dans les Jeunes po qu’on fait les meilleures soupes, même politiques.

 

Hervé Bizien

http://www.jeunesump.fr/

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