Le déficit anticonstitutionnel / Par Olivier Figueras

Publié le par monde et vie

L’idée a été lancée par l’ancien ministre de l’Economie Thierry Breton. A dire vrai, elle n’est pas de lui, puisque nos voisins allemands ont déjà décidé de l’appliquer : inscrire dans la Constitution des pays de la zone euro une interdiction de présenter des budgets en déficit au Parlement.

Ainsi une nouvelle disposition de la Constitution allemande, visant à limiter l’endettement du pays, oblige désormais Berlin à réduire son déficit à partir de 2011, et à le restreindre de 10 milliards d’euros par an d’ici 2016 pour le limiter à 0,35 % du PIB.

Voire… En attendant, la loi publiée au Journal officiel prévoit actuellement un déficit budgétaire de 117,4 milliards d’euros. Il est vrai que, malgré son annulation par le Conseil constitutionnel, la contribution carbone, d’un montant de quelque 4 milliards d’euros, apparaît toujours dans les lignes de recettes de ladite loi de finances pour 2010.

Celle-ci, selon Bercy, ne sera corrigée que « lors de la présentation du collectif budgétaire qui sera présenté lors du Conseil des ministres du 20 janvier ».

Quoi qu’il en soit, cela ne devrait pas modifier beaucoup le déficit annoncé…

Et on ne voit guère, d’ailleurs, comment on pourrait effacer, par le simple vote d’une loi, une réalité comme celle que constitue le déficit. On pourrait certes le dissimuler, mais cela ne modifierait, comme de juste, que le contenu du JO. Pas l’état de la société française…

Le pouvoir politique semble ainsi s’éloigner à grands pas (si c’est encore possible…) de la réalité, comme Eric Letty en faisait samedi, sur ces mêmes sujets, le constat à propos des vœux sarkozyens.

Pour être plus directe, Angela Merkel aura été plus juste avec ses concitoyens. Lors de la présentation de ses vœux, le chancelier allemand les a en effet averti que 2010 ne verrait pas de reprise économique rapide :

« 2010 sera décisif pour savoir comment nous sortirons de la crise, [mais] je vous le dis très franchement : nous ne devons pas nous attendre à ce que l’accès de faiblesse de l’économie soit rapidement résolu. » Au contraire, ajoutait-elle, « certains aspects vont même d’abord se dégrader encore davantage au cours de la nouvelle année, avant de pouvoir se redresser ».

Les remèdes qu’Angela Merkel propose aux Allemands ne diffèrent certes guère de ceux que Nicolas Sarkozy nous vantent. Du moins a-t-elle l’honnêteté de n’avoir point recours à la méthode Coué…

Olivier Figueras

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Rudy 04/01/2010 18:31


... proposé par l'ancien ministre, c'est à dire qu'il n'a plus à assumer les conséquences qu'auraient la "bonne idée" qu'il nous propose. Mais puisqu'il y a déficit et qu'il s'accroit, c'est que
l'Etat s'appauvrit (virtuellement) au détriment d'autres personnes qui s'enrichissent (virtuellement toujours). Ces personnes: qui sont-elles? La Chine? ils sont en déficit aussi. Les USA? encore
plus que nous! Les Séoudiens? Ils ne vont pas fort. Alors qui? Les "200 familles" les plus riches de France? Pour le coup, ils seraient très très riches. Je vous engage, monsieur Figuéras, à
gratter la question.


Olivier Figueras 04/01/2010 23:08


“Gratter la question… Compte-tenu de la complexité de la question – que, à vous lire, vous ne semblez pas
ignorer… – il faudrait bien plus que gratter pour y répondre. Pour l’heure, nous ne sommes en mesure que de dresser un constat qui, je le présume, servira de point de départ à la recherche
d’une réponse. Laquelle ne sera connue que plus tard, tant le fil d’Ariane se plait à former des nœuds aux quatre coins du labyrinthe.
“Un début de piste néanmoins, qui repose sur votre double emploi de l’adverbe virtuellement. Il me semble que l’Etat – quel qu’il soit – ne s’appauvrit pas uniquement virtuellement.
Certains observateurs osent même employer parfois le terme de faillite de l’Etat. De même, ceux qui s’enrichissent ne s’enrichissent pas forcément, ou pas uniquement, virtuellement.
“Dès lors, l’un des nœuds de la crise peut se situer dans la relation entre richesse réelle et richesse virtuelle. Ainsi, un Etat qui s’appauvrit réellement est en mesure – s’il est encore maître
de battre monnaie… – de compenser virtuellement. Ce qui ne change rien à sa pauvreté réelle, mais lui donne certains moyens. D’autant plus que la richesse affichée est de plus en plus virtuelle.
Les analystes considèrent en effet que de moins en moins d’Etats seraient en mesure de couvrir une dette incalculable si tout l’argent virtuel des comptes en banque venait à être réclamé d’un seul
coup. D’un autre côté, un pays comme les USA, pour être, comme vous le relevez, plus encore en déficit que nous, possède néanmoins plus de richesses réelles. Certains habiles – mais là il faut
effectivement commencer à gratter – s’endettent virtuellement en prêtant un argent immatériel, contre des richesses réelles – ce qui leur permet de vivre fort bien…
“Une réflexion rapide, et donc floue, et qui nécessitera effectivement, non seulement de gratter, mais de creuser.”