La Chine ne craint pas la crise… / par Olivier Figueras

Publié le par monde et vie

Je l’avoue ! J’ai été piégé par le titre de cette dépêche de l’AFP : « L’euro fort dangereux pour la reprise économique », comprenant un peu vite qu’il s’agissait d’une remise en cause de la monnaie unique ; ce qui, dans la bouche du futur Commissaire européen aux Affaires économiques et monétaire, le libéral finlandais Olli Rehn, constituait une véritable révolution.

En réalité, ce dernier s’en prenait au taux de change de l’euro par rapport au dollar et au yuan, taux qu’il considère être « un risque potentiel pour la reprise européenne ».

On le comprendra sans peine, cette cherté de l’euro est favorable aux exportations américaines et chinoises, et pénalise, en revanche, les nôtres.

Cela dit, Olli Rehn « trouve intéressant et en fait prometteur que la Chine veuille s’engager dans une coordination multilatérale des politiques monétaires et des taux de changes ».

Ce commentaire appelle quelques remarques. En effet, il n’est pas dit que la compréhension chinoise d’une telle coordination corresponde à ce que l’on imagine à Bruxelles – et quand cela serait… A moins d’admettre, comme ses autorités politiques l’affirment, que Pékin a contribué activement à lutter contre le réchauffement climatique à Copenhague – et de façon efficace, si j’en crois le thermomètre.

En effet, on imagine mal la Chine, qui a considérablement fait croître ses exportations ces dernières années au détriment de nos propres industries que ne protégeait plus un honteux protectionniste, renoncer à une telle manne, alors même qu’elle vient d’annoncer une nouvelle augmentation de 17,7 % au mois de décembre, pour atteindre les 1 200 milliards de dollars sur 2009.

La Chine, supplantant l’Allemagne, est ainsi devenue le premier exportateur mondial. Il est vrai qu’il est devenu extrêmement difficile de ne pas s’habiller chinois, de ne pas manger chinois, de ne pas jouer chinois, de ne pas rouler chinois (le secteur automobile ayant dépassé l’année dernière les 13,5 millions de véhicules…), etc.

Point n’était besoin, dans ces diverses conditions, de boule de cristal, vendredi, au directeur général de l’OMC Pascal Lamy pour nous annoncer que la sortie de crise n’était pas garantie en 2010

On peut noter au passage que Pascal Lamy continue, avec un certain ridicule, à classer la Chine parmi les pays émergents. Sauf à comparer avec les pays immergés (dans la crise) que nous sommes devenus !

Olivier Figueras

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