L’apport des traditionalistes dans l’Eglise / Par Claire Thomas

Publié le par monde et vie

Il ne nous parlera pas de liturgie… Le Père Michel Gitton a accepté mercredi dernier l’invitation de l’abbé Guillaume de Tanoüarn et il est venu au Centre Saint Paul parler du dialogue avec les traditionalistes. Mais nous précise-t-il d’emblée, je vous parlerai surtout de ce que je connais bien : la théologie. Directeur gérant de la Revue Résurrection, qui a longtemps groupés les jeunes Normaliens catholiques, le conférencier n’a effectivement aucun mal à nous emmener en promenade dans l’histoire de la théologie, montrant avant tout les insuffisances de la pensée catholique depuis deux siècles. Exemple ? Le seul penseur catholique qu’il cite pour le XIXème siècle est Chateaubriand. Un immense écrivain, qui a mérité le surnom d’ « Enchanteur », en souvenir sans doute de Merlin et de ses origines bretonnes, mais enfin un homme de lettre, pas un théologien… Le coup était robustement asséné… Il y en eut d’autres, pour nous faire comprendre la pauvreté intellectuelle dont a souffert la religion catholique avant le Concile Le Père Gitton s’interdit de crier « Enfin Malherbe vint » à propos de ceux qui se sont nommés eux-mêmes « les nouveaux théologiens », les cardinaux Daniélou, de Lubac et Congar, le Père von Balthasar le Père Bouyer, d’autres encore (mais pas Karl Rahner précise-t-il pour répondre à un auditeur). Pour lui, cependant, pas de doute, tous ces théologiens sont les authentiques promoteurs du Concile. Il faut reconnaître leurs travaux.

A l’adresse des traditionalistes avec lesquels il veut « dialoguer », il  précise que deux points lui semblent essentiels : la place de l’histoire dans l’enseignement de la théologie et dans la « pastorale » et le refus d’une rupture, d’une coupure entre naturel et surnaturel.

Et il admet que sur deux points la théologie d’aujourd’hui puisse avoir besoin des traditionalistes : il faut souligne-t-il que la théologie cesse de s’embarrasser de certain flou artistique (et il cite pour faire bonne mesure une phrase de Gaudium et spes : « Le Christ en s’incarnant s’est uni à tout l’homme et à tous les hommes ». « C’est beau mais c’est faux » martèle-t-il). En tout cas, cela peut amener à des interprétations parfaitement erronées.

Le deuxième point sur lequel il se sent une véritable sympathie avec les traditionalistes c’est la question de « l’ontologie du mystère chrétien ». Je ne vais pas ennuyer les lecteurs de MV avec une explication sur ce sujet. L’abbé de Tanoüarn qui a repris dans l’ordre ces deux points après la conférence a insisté sur « la force de ces conclusions du Père Gitton ». Pour un profane, ce n’est pas forcément facile à apprécier, mais il semble bien que le directeur de Résurrection ait souhaité aller vraiment à l’essentiel avec honnêteté.

Ah ! Si en France les prêtres – et les évêques – étaient plus nombreux à pratiquer cette vertu d’honnêteté, en y ajoutant un peu du brio dont fit preuve le Père Gitton ce soir-là, nous n’en serions pas là. Hélas ! Ecoutant, comme certains Radio Courtoisie ce soir, j’ai constaté que Dom Louis Marie Père Abbé du Barroux n’a pas pu s’empêcher de souligner combien les évêques menaient la vie dure à ses deux monastères du Barroux et de La Celle (près d’Agen). Au tableau d’honneur l’évêque de Strasbourg, qui se vante d’avoir refusé les bénédictins du Barroux et d’avoir soutenu la construction d’une Mosquée dans sa ville épiscopale, « parce que cela, c’est vraiment nécessaire ».

Mgr Dagens lui-même, dans son récent rapport sur l’identité catholique, se plaint de la désunion qui règne entre les catholiques. Souhaitons qu’ils soient de plus en plus nombreux à comprendre que selon la remarque d’Henri Tincq lui-même, les traditionalistes sont devenus au fil des années un courant important dans l’Eglise. L’heure n’est plus de faire disparaître ce courant dans une sorte de rage négationniste. Il faut parler ! Il faut composer ! Certes il faut… s’aimer, puisque le Christ a dit que c’était à ce signe que l’on reconnaîtrait ses disciples. Mais comment s’aimer si l’on refuse de se connaître. L’exemple du Père Gitton doit être médité. Dans leur jargon nos évêques devraient sans doute l’appeler « prophétique ».

Claire Thomas

 

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