Faut-il abolir les référendums ? / Par Hervé Bizien

Publié le par monde et vie

Le site du Monde met en ligne aujourd’hui un entretien avec Micheline Calmy-Rey, qui dirige le Département fédéral suisse des Affaires étrangères. La journaliste qui recueille ses propos, Agathe Duparc, lui pose deux questions qui me paraissent très révélatrice de l’état d’esprit dominant parmi nos prétendues élites, médiatiques ou politiques.

« Le vote anti-minaret ne révèle-t-il pas une sérieuse faille dans le modèle référendaire helvétique ? », demande la journaliste.

« Ce n'est pas parce que le résultat du vote déplaît qu'il faut parler d'une faille, répond Micheline Camy-Rey. La démocratie participative permet à des problèmes de société aigus de remonter à la surface beaucoup plus vite et plus directement, et d'éviter ainsi des réveils plus brutaux. La Suisse n'est pas un pays de révolutions. Les gens s'expriment et n'ont pas peur de dire des choses. Je suis assez sûre que si ce vote avait eu lieu ailleurs, en France par exemple, il aurait donné le même résultat. »

« Mais sur des questions aussi émotionnelles ne faudrait-il pas empêcher les votations populaires ? », insiste Agathe Duparc.

« Si vous allez au bout de ce raisonnement, vous arrivez à la conclusion qu'il faut supprimer la démocratie participative, l'encadrer, bref la remettre en cause. Personne ne le souhaite. Bien sûr, la compatibilité des engagements internationaux de notre pays, comme la Convention européenne des droits de l'homme, avec les résultats de certains votes se pose. La Cour européenne des droits de l'homme pourrait être amenée à se prononcer en cas de recours. »

On sent bien que Micheline Calmy-Rey souhaite qu’une telle solution vienne corriger, très antidémocratiquement, le choix de ses compatriotes. Mais en vraie citoyenne suisse, elle n’en considère pas moins qu’empêcher le peuple de s’exprimer revient à supprimer la démocratie.

En revanche, la République française a renoncé à demander leur avis à ses gêneurs imprévisibles que sont les Français. Sauf une fois tous les cinq ans, à l’occasion d’élections encadrées par les appareils politiques. Et les journalistes de la presse institutionnelle seraient, somme toute, moins choqués que l’on abolisse les référendums qu’ils ne le sont par l’organisation de « votations populaires » sur des questions taboues.

 Hervé Bizien

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