Benoît XVI et la Paix de l’Eglise / par Claire Thomas

Publié le par monde et vie

Alors que les experts de la FSSPX ont été reçu pour la deuxième fois au Palais du saint Office, il importe de comprendre le sens de la démarche de Benoît XVI, pour ne pas tomber de la lune le jour où… « ce qui est (encore) caché apparaîtra… » Il ne s’agit pas seulement pour lui de quelques dissidents à ramener au Bercail mais d’une politique volontariste qui engage toute l’Eglise

On n’a pas assez remarqué, me semble-t-il, que ce magistral cours d’histoire de la liturgie qu’administre le pape à l’occasion du Motu proprio Summorum pontificum (7 juillet 2009) est une sorte d’application concrète au cas de la liturgie de ce que Benoît XVI a dit du concile Vatican II dans son discours du 22 décembre 2009. Nous restons à cette idée d’une nécessaire réconciliation de l’Eglise avec son passé. Plus question d’admettre un discours qui opposerait rite contre rite comme on a souvent, à l’époque de Vatican II, opposé le passé et le présent de l’Eglise. Cette attitude ne convient pas. Elle est officiellement condamnée. On ne peut pas dire que dans l’histoire de l’Eglise, une époque ait eu raison et une autre ait eu tort. De ce point de vue très général, qui est déjà celui du discours du 22 décembre 2009, le Motu proprio libéralisant la liturgie ancienne en en faisant officiellement « la forme extraordinaire du rite romain », s’adresse non seulement à la Fraternité Saint Pie X mais à toute l’Eglise.

De la même façon, le dialogue instauré avec les membres de la FSSPX sur diverses questions doctrinales intéresse tous les catholiques, qui doivent – c’est urgent – se réconcilier avec eux-mêmes. On peut lire de cette manière la levée de l’excommunication des quatre évêques, intervenue le 21 janvier 2009. Il s’agit d’une mesure symbolique destinée à penser les plaies de l’Eglise. Nous avons vu ce que déclarent officiellement les autorités de la FSSPX. Leur raideur n’a pas échappé au pape. Mais, comme il l’a expliqué dans sa lettre du 12 mars 2009, derrière les autorités, ils vise chaque prêtre, il vise les fidèles, « une communauté dans laquelle se trouve 491 prêtres, 215 séminaristes, 6 séminaires, 88 écoles, 2 Instituts universitaires, 117 frères, 164 sœurs et des milliers de fidèles peut-il nous laisser indifférents ». Le pape sait bien que comme dans tout iceberg, la partie immergé est beaucoup plus importante encore que la partie visible et mesurable. Derrière la discussion avec les quatre ecclésiastiques qu’il a fait venir dans le magnifique « Palazzo » du Saint Office, où il a lui-même régné tant d’années, il tente de guérir les stigmates de la crise qui a secoué l’Eglise en opposant les catholiques entre eux. « J’espère contribuer ainsi à la paix de l’Eglise » a-t-il écrit dans sa Lettre du 12 mars 2009. 

Historiquement – Benoît XVI ne peut l’ignorer - « la paix de l’Eglise » est ce moment où un pape, Clément IX, est parvenu à contenir l’hostilité des jésuites pour les jansénistes et des jansénistes pour les jésuites. Elle a duré 10 ans de 1669 à 1680 environ. Elle ne repose sur aucun compromis doctrinal mais seulement sur une reconnaissance de la bonne foi des deux adversaires, déclarant les uns et les autres adhérer aux condamnations de l’Eglise et aux actes de son Magistère. Il me semble que c’est la ligne de Benoît XVI, une ligne « clémentine », qui correspond à la mystérieuse devise qui lui est attribuée dans les Prophéties de Saint Malachie : « De gloria olivae ». La gloire de l’olivier. Au temps très lointain du Déluge, c’est une colombe portant en son bec un rameau d’olivier qui annonça à Noë la baisse des eaux et le retour à la normal. De même aujourd’hui, la gloire de l’olivier est de tracer un chemin de paix et de force que puissent emprunter tous les catholiques fidèles au Magistère de l’Eglise.

Claire Thomas

 

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