Avortement et eugénisme, les vraies dérives du Téléthon / Par Hervé Bizien

Publié le par monde et vie

Retour sur la polémique suscitée par les propos de Pierre Bergé et de Line Renaud, respectivement président et vice-présidente du Sidaction, concernant le Téléthon.


Les accusations qu’ils ont portées, trop vagues pour faire vraiment mouche, ont provoqué l’indignation des habituelles ligues de vertu, scandalisées par cette rupture de consensus au sein du camp du Bien. Sidaction contre Téléthon ? L’opposition est impensable.

Les responsables de cette rupture ont donc été provisoirement mis au ban desdites ligues de vertu, ce qui les aura sans doute laissés tout drôles. Si Pierre Bergé lui-même n’est pas à l’abri de l’ostracisme – ou du moins d’un semblant d’ostracisme –, c’est que plus personne ne l’est, pas plus que les révolutionnaires les plus radicaux n’étaient à l’abri de la guillotine en 1793. L’excommunication médiatique, c’est la guillotine de notre temps.

L’hostilité de Bergé et de Line Renaud au Téléthon se fonde essentiellement sur le pactole empoché chaque année par l’Association Française contre les Myopathies (AFM), unique bénéficiaire du Téléthon : soit environ 100 millions d’euros (102,3 en 2007, 95,2 en 2008), quand le Sidaction n’en rapporte que 5.

Jaloux, Bergé ? Accusant le Téléthon de « parasiter la générosité des Français d’une manière populiste » – un qualificatif qui sent son Front national et devrait suffire à faire peser de lourds soupçons sur le Téléthon –, il propose sans ambages de « mutualiser » les dons de la recherche – autrement dit de partager le gâteau.

C’est se moquer des donateurs, qui sont assez grands pour choisir la cause qu’ils veulent soutenir. Si le Sidaction reçoit moins de dons que le Téléthon, peut-être est-ce en raison des prises de positions politiques voyantes de certaines associations de lutte contre le Sida et des actions provocatrices qu’ont conduites certaines d’entre elles, comme Act-up.

Surtout, les reproches qu’adresse au Téléthon – et, partant, à l’AFM – l’ancien « ami » d’Yves Saint-Laurent ne sont pas les bons. Les vraies critiques qu’encourt cette association doivent être cherchées ailleurs, dans certaines de ses pratiques, que Pierre Bergé n’évoque pas parce qu’elles ne le choquent probablement pas.

 On tue le malade au lieu de le soigner

Ces pratiques concernent en premier lieu les recherches sur les cellules souches embryonnaires que finance l’AFM, et en second lieu les dérives eugénistes dont elle se rend coupable.

Dans le premier cas, on utilise des êtres humains vivants à des fins de recherche thérapeutiques. Il s’agit de tout petits êtres, issus de la fécondation in vitro, mais comme le disait le professeur Jérôme Lejeune lors d’un procès resté célèbre, à Maryville, aux Etats-Unis, il est impossible de nier que ces embryons sont humains, et qu’ils sont vivants. Tout le génome (l’inné) est en place, ainsi que le message qui doit leur permettre de se développer jusqu’à la naissance et au-delà. Or après avoir été utilisés comme du matériel de recherche, ces être humains-là sont tués.

Cette destruction de vies humaines, réalisée au nom d’un utilitarisme médical et scientifique, n’est même pas utile (ce qui ne suffirait d’ailleurs nullement à la légitimer). Elles n’ont pas permis d’enregistrer de véritables succès contre la maladie, à l’inverse des recherches réalisées à partir de cellules souches adultes ou provenant du sang de cordon ombilical – qui ne tuent donc pas d’embryon humain. Les dérives eugénistes résultent, quant à elles, des diagnostic pré-implantatoires, qui sont réalisés afin de trier les embryons sains et de détruire les autres, ou des diagnostic pré-nataux, qui conduisent à l’avortement des fœtus atteints : on élimine le malade au lieu de le soigner. Les « bébéthons » qui sont présentés comme « guéris » ne le sont pas en réalité, puisqu’ils n’ont jamais été malades ! Ce sont les survivants du tri embryonnaire et de l’avortement prétendument thérapeutique.

Ces dérives-là sont beaucoup plus graves que celles dénoncées par Pierre Bergé. Malheureusement, bien peu de Français s’en émeuvent.

Commenter cet article