Mardi 3 novembre 2009 2 03 /11 /Nov /2009 15:41

Divine surprise, le retour en foule des anglicans au Bercail romain? La nouvelle semble trop belle pour être vraie… Que s’est-il vraiment passé?

C’est un cardinal Levada visiblement fatigué qui ouvrait, mardi 22 octobre à 11 h du matin, une conférence de presse précipitamment convoquée à 17 heures la veille, les journalistes accrédités auprès du Saint-Siège ayant été pour la plupart prévenus par SMS (sic). Du jamais vu ! On comprend la fatigue du Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi (CDF) : il était rentré à Rome à minuit passé le lundi soir, après un voyage éclair à Londres dans l’après-midi, pour  informer l’archevêque de Cantorbéry, primat d’Angleterre et de la Communion anglicane, Rowan Williams, de la décision de Benoît XVI, acceptant la demande de nombreux anglicans d’entrer dans l’Église catholique.

Cette décision peut sembler très rapide, elle a été mûrement pesée. Dès 2006, Benoît XVI avait demandé à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de réfléchir aux conditions de l’accueil  en masse des anglicans dans l’Église, un accueil « en masse » qui avait déjà fait l’objet de vœux du pape Léon XIII en… 1896…

À la même heure, 11 heures donc, ce mardi, se tenait en Angleterre une conférence de presse, avec, conjointement, Rowan Williams, primat anglican, et Vincent Nichols, archevêque de Westminster, et nouveau “patron” de l’Église catholique Outre-Manche. A Rome, le cardinal Levada était flanqué à sa gauche du Père Federico Lombardi, directeur de la Salle de presse du Vatican, et à sa droite de l’archevêque Joseph DiNoia, ancien sous-secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, et aujourd’hui secrétaire de la Congrégation pour le culte divin, qui a mené, depuis au moins deux ans, les négociations avec les anglicans voulant faire retour à Rome et que l’on peut considérer comme l’un des principaux architectes de la proposition romaine qui allait leur être faite.

Les journalistes présents ne manquèrent pas de s’interroger sur une absence singulière : celle du cardinal Walter Kasper, préfet du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens depuis 2001, et donc officiellement en charge du dialogue avec les anglicans… Les explications embarrassées du cardinal Levada – problème de calendrier, présence de l’intéressé à Chypre pour des discussions avec des orthodoxes – ne convainquirent personne. Sur le dossier des anglicans, on avait décidé de contourner l’incontournable Kasper, et de traiter l’affaire directement au Saint Office. La politique de Kasper consistant à soutenir le Primat anglican Rowan Williams et sa Communion anglicane au détriment des anglicans  traditionalistes  de la TAC est bien morte et enterrée. Benoît XVI s’apprête à en signer l’acte de décès. Traiter directement avec la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, c’était une condition exigée par les anglicans rassemblés dans la TAC – une vingtaine d’ Églises, deux fois plus d’évêques, environ 500 prêtres et près de 400 000 fidèles, séparée de la Communion anglicane en 1991 –, afin d’éviter de passer par le cardinal Kasper, en risquant du même coup de passer par pertes et profits…

C’est donc à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi que le « collège des évêques » de la TAC, réuni en session plénière à Portsmouth en octobre 2007, avait écrit pour solliciter « une union pleine, en corps et sacramentelle » tout en conservant certaines de leurs traditions propres (liturgie, spiritualité, clergé marié…): démarche qui avait été « reçue avec cordialité » par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, selon le primat de la TAC, l’archevêque John Hepworth. L’année suivante, dans une lettre du 5 juillet au primat Hepworth, le cardinal Levada assurait la TAC « de l’attention sérieuse que cette Congrégation prête à la perspective d’unité en corps » sollicitée huit mois plus tôt. Une assurance spectaculairement confirmée ce 22 octobre par le cardinal Levada. Bien que la Constitution apostolique, qui ne sera promulguée que dans quelques semaines, soit toujours en préparation selon la Note du Saint Office, diffusée le 22 octobre, cette dernière en précise l’essentiel. Rome propose une structure canonique […] en formant des Ordinariats personnels [permettant] d’entrer dans la pleine communion […] tout en préservant des éléments particuliers du patrimoine spirituel et liturgique de l’anglicanisme. Il s’agit là d’une structure canonique nouvelle qui devrait être, à certains égards , semblable à celle de l’Ordinariat militaire (les options “Église sui generis”, “administration apostolique” et “prélature personnelle” n’ont pas été retenues). Le libellé de la Note prévoit une ordination sacerdotale pour tous les prêtres anglicans de ces Ordinariats – pouvant être dirigés par un évêque ou un prêtre –, et reconnaît donc explicitement la position de Léon XIII de 1896 sur la nullité des ordres anglicans. Les prêtres ainsi ordonnés pourront demeurer mariés s’ils le sont, mais cette dispense de célibat ne devrait pas s’appliquer aux jeunes gens qui seront ordonnés pour ces Ordinariats. Pour la formation de ces futurs prêtres, Rome envisage soit un cursus dans les séminaires diocésains, soit dans une maison relevant de l’Ordinariat. Rome tient à maintenir un équilibre entre « ce qui est digne dans le patrimoine liturgique et spirituel anglican» et sa préoccupation que clercs et fidèles soient intégrés dans l’Église catholique. Équilibre assez semblable à celui que Rome a disposé pour les traditionalistes qui lui sont demeurés fidèles, et qui constitue aussi sa proposition à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X six jours avant le début des colloques doctrinaux…

Daniel Hamiche
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Mercredi 21 octobre 2009 3 21 /10 /Oct /2009 09:08

Une « manifestation monstre », plus d’un million de personnes dans les rues, familles avec leurs enfants, jeunes et personnes âgées au coude à coude, prêtres et religieuses, accompagnés par les principales figures de la droite, à commencer par l’ancien chef du gouvernement José Maria Aznar, tous venus crier leur opposition au projet de loi gouvernemental « libéralisant » l’avortement jusqu’à 14 semaines : ce spectacle réjouissant ne s’est malheureusement pas déployé dans les rues parisiennes, mais madrilènes, samedi dernier.

Pour diminuer ce succès éclatant, le gouvernement socialiste de Zapatero n’a eu d’autre ressource que de créer une polémique artificielle autour du nombre des manifestants, une médiocre bataille de chiffres à laquelle les médias français, qui dans leurs très grande majorité défendent bec et ongles l’« IVG », s’accrochent en désespoir de cause pour minimiser l’importance de cette réaction populaire contre la culture de mort.

Pour Benigno Blanco, président du Forum de la famille qui est à l’origine de cette manifestation, celle-ci « ne vise pas qu'à réclamer le retrait de la nouvelle loi, le message de fond est que le débat ne sera pas clos tant qu'il y aura un seul avortement en Espagne ». Claro !

Nos bobos médiatiques s’en trouvent d’autant plus mal que ce même dimanche, à Paris, les 103 associations féministes, partis et syndicats de gauche qui avaient appelé à manifester pour la parité et les « droits » des femmes, à commencer par celui de tuer l’enfant dans le ventre de sa mère, ne sont parvenus à rassembler que 5 000 nostalgiques rancies de mai 68. Les personnalités ne manquaient pourtant pas à la tête de ce maigre troupeau : on y voyait entre autres Martine Aubry, Jean-Luc Mélenchon, le cégétiste Bernard Thibault, Olivier Besancenot, Marie-Georges Buffet, l’adjointe au maire de Paris Anne Hidalgo… Etat-major sans troupes, suffoqué par l’esprit de vieillesse et ahanant comme Martine Aubry, la femme-tronc, les vieux slogans éculés des 343 salopes sur le droit de la femme à disposer de son corps en éliminant celui de son enfant. Et n’est-il pas normal, après tout, que le féminisme tombe en décrépitude, quand tout son effort tend depuis 35 ans à assassiner la jeunesse ?

Eric Letty

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Lundi 19 octobre 2009 1 19 /10 /Oct /2009 12:25

Emile Poulat aura consacré sa vie à cette Eglise. Il en est aujourd’hui quelque chose comme la mémoire vivante. Nul mieux que lui ne saurait en restituer, de manière impartiale et engagée tout à la fois, les véritables motivations, les rêves, les espérances trompées, la désillusion et la « puissance latente » comme disait Alphonse Dupront.

Si l’on dépasse un cadre purement confessionnel qui serait sans intérêt, il faut souligner qu’en tout état de cause, l’Eglise est le théâtre privilégié du choc entre Tradition et Modernité. La Modernité semble s’être établie contre l’ordre chrétien des sociétés traditionnelles. Et en même temps, au sein même de l’Eglise, nombre de chrétiens reconnaissent leur bien dans les leit-motive  de la modernité. N’est-ce pas Jean Paul II lui-même qui, au Bourget en 1980, expliquait ainsi aux Français la devise de la République, Liberté, Egalité, Fraternité, comme une quintessence d’esprit chrétien ?

Au fond, ce n’est pas une question de foi personnelle, mais l’opposition entre christianisme et modernité déchire tout notre univers mental. C’est cette opposition qui fait le véritable objet de ce livre. Le paradoxe, c’est que cette opposition, ressentie par tous, est niée par les chrétiens. Toujours subtiles dans leurs expressions, les « stratégies » de l’Eglise de France sont des stratégies de contournement voire de reddition pure et simple. Tout se passe comme si, selon Poulat, l’Eglise avait su négocier un statut dans la société républicaine, à travers l’élaboration des associations cultuelles en 1923, mais sans jamais mener au bout un projet concret qui lui appartienne. Les condamnations romaines sont tombées sur tout ce qui prenait forme de manière trop ostensible dans le monde catholique : le Sillon et l’Action Française ont été pareillement crossés. Restaient aux chrétiens des années 30 le spectre indéfini de la parlotte, les Semaines sociales de Maurice Blondel ou l’Humanisme intégral de Jacques Maritain, des modèles de chrétienté, remplis de mots mais en réalité vides de sens et sans signification dans un Monde, qui, à ce moment-là, est travaillé surtout par la montée des totalitarismes. On mesurera pourtant l’impact de cette rhétorique lorsque s’ouvre le concile Vatican II. Les textes du Père de Chalendar que cite Poulat, proprement hallucinants, manifestent bien le côté Hamlet qui hante la pastorale catholique depuis quarante ans. Alors ? Faut-il s’étonner si la question ultime de l’Eglise de France vue par Emile Poulat est justement celle du roi de Danemark : être ou ne pas être ?

Joël Prieur

E. Poulat, Aux carrefours stratégiques de l’Eglise de France, XXème siècle, éd. Berg international 2009 238 pp. 19 euros
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Vendredi 16 octobre 2009 5 16 /10 /Oct /2009 19:30

Alors que la première séance de débats doctrinaux aura lieu le 26 octobre, après avoir exhorté la FSSPX à la clarté dans un post précédent, on peut se demander ce que cherche Rome de son côté.

Parfaitement informés, connaissant personnellement les principaux protagonistes de la mouvance traditionnelle, sachant combien une part importante d'entre eux est peu encline à des accords, aussi bien dans l'ordre doctrinal que dans l'ordre pratique, les prélats vaticans, sous l'autorité patiente et intelligente de Benoît XVI, ne partent pas à l'aventure dans ce genre de négociations. Les experts, côté Vatican, ont été très rapidement nommés. La presse a été prévenue et les autorités romaines se réservent de diffuser un communiqué de presse après chaque séance.

On peut penser que l'affaire Williamson a définitivement contraint le pape à la transparence la plus totale dans cette affaire, la mouvance "progressiste" gardant toujours un oeil sur tout ce qui peut mener à un rapprochement. Reconnaissons que la période Castrillon, celle de la diplomatie secrète, est passée. On peut ajouter à cette analyse des circonstances que c'est l'intérêt du Vatican de publier le résultat de débats, dont elle énonce l'ordre du jour (le thème des débats du 26 a déjà été retenu... par Rome) et dont elle programme le dénouement.Dénouement à long terme dans des négociations prêtes à s'ensabler ? C'est ce qu'aimerait Mgr Fellay, qui a annoncé le probable ensablement des débats. Mais quand on regarde l'affaire de près, rien n'est moins sûr. Benoît XVI qui a ouvert le dossier à la face de l'Eglise souhaite certainement le refermer lui-même. Il ne dispose pas forcément de beaucoup de temps... Et la culture de l'indétermination n'est gère dans le caractère de celui que ses ennemis n'ont pas surnommé pour rien le Panzer Kardinal.

Où donc Rome veut-elle aller ?

Ce genre de dialogue n'est pas une première pour les autorités romaines. L'accord différencié avec les luthériens, qui a donné lieu à des rencontres multiples, orchestrées, côté Rome par un certain cardinal Ratzinger, peut représenter ce que cette méthode éprouvée est capable de produire de plus irénique. Un texte précis comme une horloge, qui permet aux uns et aux autres de comprendre pourquoi l'accord était possible et pourquoi il n'a pas eu lieu.

Le père Morerod, dominicain, a fait la théorie de ce genre de débat dans un livre paru en juin 2005, qui, sous le titre prémonitoire en quelque sorte Tradition et unité des chrétiens, entend placer "le dogme comme condition de possibilité de l'oecuménisme". Les années 60 ont été les années du grand dégivrage, où l'on a cultivé les formules floues pour faire croire à la possibilité d'un accord entre chrétiens qui se ferait au-dessus du dogme, dans la sphère fuligineuse d'une charité de commande. Il fallait "faire évoluer les positions des uns et des autres de quelques centimètres", comme disait le Père Congar. Dans la conclusion d'un autre ouvrage, oecuménisme et philosophie, le Père Morerod est particulièrement clair : "Dans un premier temps, [il y a 50 ans] l'accent a été mis sur la recherche des points communs entre chrétiens. (...) Le dialogue a commencé, depuis un quart de siècle, à développer la recherche des différences, voire "des différences fondamentales". (...) Une fois admis le désir d'unité, la recherche des différences devient un instrument nécessaire au service de l'unité. Comment pourrait-on surmonter des différences que l'on ne connaît pas ? Identifier les différences fournit la carte du voyage oecuménique, une liste des points à surmonter sur la route vers l'unité".

Il me semble que c'est cette méthode que le Père Morerod entend appliquer aux traditionalistes : découvrir les vrais points de rupture, pour voir à quelle échéance l'unité est réalisable. D'après quelques fuites autorisées, le premier sujet de débat sera : le pape peut-il donner une nourriture empoisonnée à ses fidèles ? Le sujet est donc d'emblée l'indéfectibilité de l'Eglise. Que de nuances en perspective, si l'on veut un vrai débat...

Il me semble encore, je l'ai écrit dans le post précédent, que cette méthode toute de clarté et de rupture, était aussi la méthode utilisée par les dominicains d'Avrillé au cours des Symposiums qui ont marqué, entre 2002 et 2005, le quarantième anniversaire du Concile. Cette clarté, que cultive le Père Morerod dans son oeuvre de théologien, est la condition de possibilité d'un accord véritable. Ce n'est pas en cachant l'objet du débat que l'on parviendra à faire avancer la longue contestation inaugurée, avec quelle clairvoyance, par Mgr Lefebvre lui-même dans l'aula conciliaire. Et lorsqu'il envoya à Rome ses "Questions" (dubia) sur la liberté religieuse, le fondateur de la Fraternité Saint Pie X montrait la voie à ses disciples d'aujourd'hui.

La vraie question qui plane autour de ces débats peut surprendre. Je la pose néanmoins : pourquoi la FSSPX ne reprendrait pas la méthode du Père Morerod au Père Morerod. Tout le monde aurait tout à y gagner.

Claire Thomas

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Vendredi 16 octobre 2009 5 16 /10 /Oct /2009 08:44

Ca y est... Mgr Fellay a rendu publique la liste des dialogueurs de la Fraternité Saint Pie X, qui circulait depuis quelques semaines de bouches à oreilles. Je n'ai pas pu l'écrire sur papier, dans la dernière livraison, par manque de preuve tangible, mais l'espace Internet me donne la possibilité de commenter cette nouvelle immédiatement. Bénit soit le Blog de Monde et Vie.

 

Je crois que ce tiercé de théologiens désignés donne l'orientation des dialogues voulus par Mgr Fellay. Si on cite ses propres paroles, on se trouve conforté dans l'impression que donne l'énumération officielle de ces trois noms : le but des dialogues, du côté des Alpes suisses, apparaît clairement. Il faut faire en sorte que "Rome" revienne à la Tradition. Dans une interview récente à Tradition, le périodique de la FSSPX en Afrique du Sud, le supérieur de la Fraternité Saint pie X s'exprime sans ambiguïté :

"Le but que l’on cherche à atteindre avec ces discussions doctrinales est une importante clarification dans l’enseignement de l’Église ces dernières années. En effet, la Fraternité St Pie X, à la suite de son fondateur, Mgr Lefebvre, a de sérieuses objections au sujet du Concile Vatican II. Et nous espérons que les discussions vont permettre de dissiper les erreurs ou les graves ambiguïtés qui depuis lors ont été répandues à pleines mains dans l’Église catholique, comme l’a reconnu Jean-Paul II lui-même".

La mission reçue par les trois théologiens élus est simple : ramener "Rome" à sa Tradition. Mgr Fellay cite Jean Paul II, mais il est mort. De l'oeuvre formidable de Benoît XVI, il n'est pas question : ni le discours du 22 décembre 2005, qui passe le concile Vatican II au sanibroyeur de l'interprétation (que l'on appelle herméneutique quand on veut avoir l'air au courant), ni, passant par dessus la collégialité des évêques, la formidable déclaration de liberté du Rite traditionnel (ou : Motu proprio de 2007) ne se trouvent rappelés par Mgr Fellay.

Vous me direz peut-être : "Mais, Mgr Fellay ne peut pas tout dire ! Ces deux actes fondateurs, il y pense". - Je vous avoue que cela m'aurait semblé important qu'il nous le dise, qu'il y pense. Oh ! A plusieurs reprises, on a pu constater sa souplesse. Cette souplesse est aussi celle de l'abbé de La Rocque, pétulant théologien qui, dans un petit livre bleu, remit naguère sans beaucoup d'arguments, la réforme liturgique en question. Mais il ne me semble pas que ce terme - souplesse - puisse caractériser valablement ni l'abbé de Jorna, ni l'abbé Gleize. Mgr Fellay cherche-t-il l'équilibre dans le contraste ? Sans doute... Mais cette démarche est périlleuse. Il faut s'appeler Hegel pour y croire...

Prenons un exemple : la liberté religieuse. Dans Le Nouvelliste du Valais, à la fin de l'été - je laisse mes lecteurs faire la recherche, je suis sûr qu'ils retrouveront ce texte, je prends l'avion demain matin et le temps me manque - Mgr Fellay nous assénait que, dans le cas d'une société plurireligieuse, c'est l'Etat qui, au nom de la tolérance, devait servir d'arbitre... Il poussait le bouchon très loin ! Je ne suis pas certaine que l'abbé de Jorna estime que la clarification à laquelle le supérieur de la FSSPX appelle tout le monde passe par là. Je pense, en revanche, que cette mise au point du Supérieur de la FSSPX convient parfaitement ("trop même" comme je disais en Afrique et comme disent les jeunes) à ses interlocuteurs romains. Mais quid des théologiens qu'il a lui-même désignés ? Une telle déclaration leur convient-elle ? 

La clarification naîtra-t-elle du choc des arguments ? Le Père Morerod, responsable romain des dialogues, a écrit plusieurs livres sur le dialogue interreligieux, dans lesquels il soutient cette idée. J'aimerais penser qu'il a raison, mais je n'y crois guère. Si les discussions ont lieu sans publicité, elles resteront obscures.

Si l'on cherche la clarification, il me semble que la FSSPX, vaisseau amiral de la flotille traditionaliste dans l'Eglise, s'honorerait en publiant un syllabus de ses arguments, que tout le monde puisse consulter et qui permette de soustraire la discussion aux problèmes personnels des uns et des autres. Il y a eu, à Paris, en 2002, 2003 et jusqu'à 2005 je crois, à l'Institut Saint Pie X, de très remarquables Symposiums sur Vatican II, au sein desquels les dominicains d'Avrillé eurent un rôle prépondérant et dans lesquels des "déclarations finales" permettaient de synthétiser clairement le propos des participants. Pourquoi ne pas se servir de ce travail pour "clarifier" le débat, selon le voeu de Mgr Fellay ? Pourquoi ne pas demander à Mgr Fellay lui-même une synthèse de ses arguments ?

L'enjeu est décisif. La première séance est annoncée pour le 26 octobre. Je ne suis qu'une faible femme et je n'ai rien à dire. Je vais me taire. Mais je prie pour la clarté, oui, c'est trop grave, il s'agit de nos enfants, je prie pour la transparence de ces débats. Vous aussi ?

Claire Thomas

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Mercredi 14 octobre 2009 3 14 /10 /Oct /2009 19:55
 
Le 26 septembre dernier, Mgr Rey a ordonné, en la cathédrale de Toulon, deux prêtres (et un sous-diacre) dans la forme extraordinaire du rite romain : Eloi Gillet, membre des Missionnaires de la Miséricorde Divine, et Marc de Saint-Sernin, ordonné pour le diocèse.

C’est bien là ce qui constitue la nouveauté, du moins depuis la réforme liturgique, de l’acte posé fin septembre par l’évêque de Toulon : ordonner, selon les livres traditionnels, un prêtre diocésain, un prêtre de son diocèse, dans la libre et pleine acceptation du Motu proprio Summorum Pontificum.Il ne faudrait pas croire, pour autant, que Mgr†Rey entendait conserver ces deux nouveaux prêtres comme des espèces de reliques d’un temps aimable mais révolu. Evoquant, au cours de son sermon, la figure du Curé d’Ars, donné en modèle aux prêtres du monde entier dans le cadre de l’Année sacerdotale, il les invita bien plutôt, loin des discours lénifiants et infantilisants du jour, à un combat spirituel, à une sainteté de combat : «Sa sainteté ne fut pas la recherche d’un accomplissement de soi qu’il se serait donné, mais un vide que Dieu a rempli de sa plénitude.»
Ce combat passe principalement par le respect des engagements sacerdotaux : «†engagement au célibat, obéissance à son évêque, volonté de se sanctifier en sanctifiant sans relâche le peuple qui lui est confié, par l’annonce de la Parole, la célébration des sacrements, le gouvernement d’une communauté dont il doit être le bon pasteur, donnant sa vie pour celles et ceux que le Christ lui a confiés†». Une vie qui doit se préserver tout à la fois du matérialisme, du sensualisme, de l’individualisme et du relativisme…Et, pour cela, être tout à la fois un être de prière et un missionnaire, afin de «†donner Jésus, signifier sa miséricorde, se rendre accessible à tous†».Et Mgr†Rey de conclure, avec tendresse et fermeté : «†Cher Eloi et cher Marc, c’est bien le “oui” à Dieu du Curé d’Ars que vous allez prononcer. En ce jour de grâce, que la sainteté du Curé d’Ars vous touche de plein fouet, dans toute sa pureté et dans toute son intensité. Configurés au Christ Bon Pasteur, tête de son Corps qu’est l’Eglise, puissiez-vous comme lui, et à partir de ce jour, être tout donnés à Dieu pour être tout à vos frères jusqu’au terme de votre vie !†»Ce n’est pas là qu’un discours, car l’évêque de Toulon prêche d’exemple. Tout au long de cette journée, au séminaire de La Castille – qui compte tout de même quelque soixante séminaristes –, on aura pu le voir disponible, répondant aux uns et aux autres, et jusqu’aux plus petits qui venaient jouer dans ses jambes.Et lorsqu’on lui demande quelle part une cérémonie traditionnelle telle que celle qu’il vient de célébrer a dans son diocèse, il répond, à l’instar du droit de cité affirmé par le cardinal Castrillon Hoyos à Sainte-Marie Majeure en 2004 : «†On ne peut pas faire fi de cette tradition, on doit l’intégrer, lui donner sa place.†» Et précisant, dans le sens de l’herméneutique de la continuité développée par Benoît XVI, qu’il ne voit aucune difficulté à «†assumer à la fois la célébration de [cette] liturgie†», et à se «†reconnaître tout à fait héritier de la tradition de l’Eglise et du concile Vatican II†».Son diocèse illustre ce propos : la tradition s’y développe en harmonie, en symphonie, selon l’expression de Mgr†Rey, avec la vie de l’ensemble de la communauté catholique. Et de nombreux représentants des communautés traditionnelles étaient présents à cette cérémonie : Fraternité Saint-Pierre, Institut du Bon Pasteur, Barroux, Institut du Christ Roi…
Olivier Figueras
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Notre conviction

  • : La chrétienté n’est pas un idéal mort, que l’on ne retrouverait qu’en feuilletant des livres d’images aux couleurs jaunies par le temps. La chrétienté, ce n’est pas non plus un programme rêvé pour préparer des lendemains qui chantent. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des idéalistes. La chrétienté ce n’est pas hier ou demain, c’est aujourd’hui.
 
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