Lundi 19 septembre 2011 1 19 /09 /Sep /2011 10:25

Alors que je m’entretenais récemment avec un ami, âgé d’une quarantaine d’années et cadre dans une grande entreprise, de « la crise », de la nouvelle dégringolade de la bourse, des menaces qui planent sur les banques françaises et sur les Etats eux aussi menacés, je fus étonné de l’entendre s’exclamer: « Et moi qui croyais que c’était fini ! »  Finie, la crise? Comment avait-il pu le croire ? Peut-être, après tout, en se fiant aux déclarations de Christine Lagarde du 20 août 2007 : « Je pense qu’on a le gros de la crise financière derrière nous »; du 20 septembre 2008: « Le gros risque systémique qui était craint par les places financières et qui les a amenées à beaucoup baisser au cours des derniers jours est derrière nous »; du 19 février 2010: « La récession est derrière nous » ; ou encore du 9 septembre 2010: « La reprise est engagée en France. Le pays est désormais dans l’après-crise. » Si gouverner, c’est prévoir, force est de constater que l’ancien ministre de l’Economie ne gouvernait alors rien. Elle n’a pourtant pas l’air d’une « rigolote », paraît au contraire sérieuse et, contrairement à tant d’autres ministres, elle n’est même pas issue de ce sérail politique que nos concitoyens soupçonnent à bon droit d’être un ramassis de propres à tout, bons à rien, nourris dans la carrière grâce à l’argent public. Or, à peine devenue directrice générale du Fonds Monétaire International, l’ancien ministre de l’Economie annonce, en s’appuyant sur les travaux des économistes de l’institution qu’elle dirige désormais, qu’il est urgent de recapitaliser les banques européennes; et rectifie le tir quelques jours plus tard, au G7, en déclarant que l’analyse du FMI a été « mal rapportée » (par elle-même…?) à la suite d’une « fuite », qu’il ne s’agissait d’ailleurs que d’un document de travail et en tout cas, « ni d’un stress-test, ni d’une estimation des besoins en capital du secteur bancaire européen. » En somme, tout va très bien madame la marquise, nous ne sommes pas entrés « dans une nouvelle phase dangereuse », il n’est donc pas urgent de recapitaliser les banques et le FMI nous a fait une farce. – Au fait, l’opposition de l’Europe, des banques et du Medef n’a-telle vraiment aucune part à ce revirement ? Au reste, qui recapitaliserait? Un secteur privé qui assiste à la chute des valeurs des banques? Ou des Etats déjà surendettés – et dont les contribuables, notamment en France, subissent une pression fiscale déjà considérable? Je ne voudrais pas donner l’impression d’en vouloir particulièrement à Christine Lagarde. Je me souviens avoir entendu Nicolas Sarkozy lui-même, alors ministre de l’Economie, regretter lors de la présentation du projet de loi de finances pour 2005 que les ménages français ne fussent pas prêts à s’endetter davantage pour augmenter la croissance et citer en exemple les ménages américains: trois ans plus tard éclatait la crise des subprimes aux Etats-Unis… Une fois encore, gouverner, c’est prévoir. A cet égard, je fais mienne la conclusion de l’éditorialiste du Monde, qui écrivait récemment: « On ne reprochera pas aux ministres des finances du groupe des sept vieilles puissances industrielles (le G7) réunis le week-end dernier à Marseille d’avoir été francs: ils ne comprennent pas les marchés. » 

Eric LETTY.

éditorial du numéro 848. en vente ici

 

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Mercredi 31 août 2011 3 31 /08 /Août /2011 10:33

Si je ne devais retenir qu’un seul événement de ce mois d’août 2011, je ne choisirais pas le krach boursier, ni la dégradation de la note américaine sur les marchés. Je ne choisirais pas non plus la chute du régime de Kadhafi en Libye, ni la prise de Tripoli par les révolutionnaires ; encore moins l’abandon des poursuites contre Dominique Strauss-Kahn aux Etats-Unis. Plutôt que ces tapages du monde, je choisirais le silence, l’impressionnant silence d’un million cinq cent mille jeunes adorant, en communion avec un vieillard non moins jeune qu’eux, le Roi des rois dans le Saint-Sacrement. Un moment de grâce si puissant que le vent et la pluie eux-mêmes s’interrompirent pour le respecter et laisser souverainement souffler l’Esprit. La caméra de télévision qui prenait les images de la veillée de ces Journées Mondiales de la Jeunesse s’attarda indiscrètement sur le joli visage d’une jeune fille en larmes – pleurs de l’âme baignée par l’amour de son Créateur. On était à des années-lumière, des années paradis d’autres images abondamment diffusées et commentées par les chaînes françaises trois jours plus tôt, montrant la dérisoire manifestation des opposants à la venue de Benoît XVI, déguisés pour certains en religieuses ou en pape, et suivant une fausse papa mobile ornée d’une tête de diable. Ces singeries-là, singeries de Dieu, portent la griffe de leur auteur. Qu’importe ces rumeurs d’un monde matérialiste et sec ! La liesse des jeunes pèlerins était un bain de jouvence. Le spectacle des milliers de drapeaux de tous les pays flottant au-dessus des foules innombrables qui d’un seul coeur acclamaient le pape, et surtout le Christ à travers lui, proclamait cette évidence : l’Eglise catholique, universelle, est la seule internationale qui tienne et qui ait jamais tenu. Mais c’est aussi la seule internationale qui respecte et proclame les droits des peuples et des nations – sa communion n’est pas uniformité. A voir communier dans une même foi et une même ferveur ces jeunes de toutes races et de toutes nationalités, me revenait en mémoire l’Apocalypse de saint Jean : « C’était une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le trône et devant l’agneau, vêtus de robes blanches et des palmes à la main. Ils proclamaient à haute voix : Le salut est à notre dieu qui siège sur le trône et à l’agneau. » Le royaume de Dieu est aussi sur cette terre. Et il y porte du fruit. Ceux de mes lecteurs qui ont connu Paris lors des JMJ de 1997 se souviendront sans doute du climat si particulier qui avait alors baigné la capitale. Son mouvement toujours pressé semblait s’être ralenti, même dans la lumière artificielle du métro les visages n’étaient plus comme à l’accoutumée moroses, indifférents ou renfrognés, la ville paraissait soudain joyeuse. Selon les témoignages qui m’ont été rapportés, Madrid a connu le même phénomène – je n’écrirai pas : la même transformation, faute de connaître le climat habituel de la capitale espagnole. Le pape a regagné Rome et les jeunes pèlerins leurs pays d’origine, le bruit et les rumeurs du monde. Mais les JMJ ne sont pas une simple parenthèse, un coup d’oeil jeté par la porte entrouverte du Royaume avant de retourner aux occupations vulgaires de la vie profane.

Le pape vient d’envoyer en mission aux quatre coins du monde – les cérémonies ne se déroulaient-elles pas sur l’aéroport des Quatre vents ? – un million cinq cent mille jeunes gonflés de foi, d’espérance et de charité. Nul doute que ce qui a été semé en si bonne terre porte du fruit. C’est pourquoi ces JMJ madrilènes sont de loin l’événement le plus important de cet été 2011.

 

Eric LETTY.

éditorial du numéro 847. en vente ici

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Lundi 18 juillet 2011 1 18 /07 /Juil /2011 15:52

Oui, nos intellos sont merveilleux, toujours fidèles à eux-mêmes, à défaut de l’être à leurs idéaux proclamés. Ils le montrent une fois de plus avec les derniers développements de l’affaire DSK : pauvre homme, comme il a souffert et comme nous l’avons injustement accusé ! Les journalistes qui avaient douté se repentent à qui mieux-mieux de l’avoir crucifié, et ceux qui lui avaient gardé leur foi n’ont pas le triomphe modeste, à l’image de Bernard-Henri Lévy, qui écrit dans Le Point avec l’emphase dont il ne se départit jamais : « Il y a d’ores et déjà, comme je l’avais tout de suite soupçonné, une victime dans cette affaire : cet homme, Dominique Strauss-Kahn, dont on a jeté aux chiens la vie et l’honneur ».
Pourtant, quels éléments nouveaux poussent-ils aujourd’hui Frantz-Olivier Giesbert à battre sa coulpe dans Le Point (à grand renfort, il est vrai, de pronom impersonnel) ou permettent-ils à Jean Daniel d’écrire dans Le Nouvel-Observateur que « Chacun s’est trompé ou a été trompé », en concluant que, même s’il est « aimanté vers un libertinage compulsif peu compatible avec une ambition présidentielle », DSK reste appelé à « un destin de grand commis » ? Pour autant que l’on sache, le futur grand commis, l’innocenté de ces dames, reste pour l’instant inculpé de tentative de viol par la justice américaine.
L’élément nouveau tiendrait, paraît-il, à la perte de crédibilité supposée de la femme de chambre, présumée coupable d’avoir menti. Or, ce mensonge ne concerne pas les faits qui se sont déroulés dans la chambre du Sofitel, mais les déclarations qui lui ont permis d’obtenir asile aux Etats-Unis, et n’a d’importance que dans la mesure où les jurés américains se convaincront que la femme de chambre, ayant menti une fois, est une menteuse par nature. En outre, Nafissatou Diallo serait liée à un trafiquant de drogue actuellement emprisonné ; je doute toutefois que DSK se soit enquis, lorsqu’elle est entrée dans sa chambre, de la manière dont elle était entrée aux Etats-Unis, ni de ses fréquentations dans le Bronx. Même si la Guinéenne n’est pas une sainte, est-il licite de violer les pécheresses ?
D’ailleurs, à menteuse, menteur et demi. DSK, dont les avocats assurent aujourd’hui qu’il a eu avec la Guinéenne une relation sexuelle consentie, avait d’abord affirmé ne l’avoir jamais vue… Et, n’en déplaise à Bernard-Henri Lévy qui s’offusque dans Le Point de l’attitude du défenseur de la femme de chambre, « jouissant, oh oui, jouissant tellement de pouvoir décrire ainsi, devant les caméras du monde entier, et dans les termes les plus crus, les parties les plus intimes du corps de sa cliente » – il y a, justement, les traces de violences que les médecins ont relevées sur cette dernière.
Et il faut encore compter avec la nouvelle plainte que vient de déposer, contre le nouveau Dreyfus – comparaison habilement suggérée par B-H.L. – la journaliste Anne Banon.
Oui, décidément les intellectuels de gauche français sont merveilleux. Qui eût cru qu’ils découvriraient si vite les vertus de la justice américaine ? Et qu’ils épouseraient si volontiers la cause d’un puissant et richissime bourgeois, représentant de la finance internationale, contre une pauvresse d’immigrée africaine, l’une de ces damnées de la terre qu’ils appellent à la révolte en poussant la chansonnette de fin de banquet, lorsque leur vient la nostalgie de leurs vingt ans, les doigts aux bretelles et la panse en avant comme le bourgeois réjoui du Cuirassé Potemkine d’Eisenstein ? Tout de même, lire sous la plume de Bernard-Henri Lévy que Strauss-Kahn est la victime d’un procès de classe… Ah, les braves gens !

Eric Letty

editorial du numéro 846. juillet 2011. 

Par monde et vie
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Mercredi 29 juin 2011 3 29 /06 /Juin /2011 10:00

Les enfants qui joueront, au cours des prochaines années, au jeu des sept familles françaises auront de plus en plus de mal à distinguer la carte du père de celle de la mère. Tout est fait pour engendrer la confusion des genres : l’inscription de la théorie du « gender » dans les programmes de Sciences et vie de la terre en classe de première, avec la bénédiction du ministre de l’Education nationale, Luc Chatel (voir page 12) ; les déclarations de Roselyne Bachelot, ministre – sans rire – de la Cohésion sociale, en faveur de la légalisation du mariage homosexuel ; ou encore les dernières mesures envisagées pour prolonger le congé paternité, comme le propose l’Inspection générale des affaires sociales, qui recommande d’instaurer un « congé d’accueil de l’enfant » facultatif de deux mois, réparti à égalité entre le père et la mère. Il remplacerait l’actuel congé paternité de 11 jours, que deux tiers des pères seulement utilisent, ce qui choque Laurence Parisot.
Le président du Medef, qui connaît d’autant mieux la question qu’elle est célibataire sans enfant, souhaite que ces onze jours de congé deviennent obligatoires. Il est rare que le patronat français milite pour contraindre les salariés à prendre des congés dont ils ne veulent pas. On imagine donc que la « patronne des patrons » y est poussée par des raisons supérieures, relevant du bien commun, et l’on pense évidemment d’abord au bien de l’enfant.
A tort. L’enfant, Laurence Parisot s’en contrefiche ; ce qui lui importe, c’est l’égalité des sexes sur le lieu de travail. Or le congé maternel, à l’en croire, « freine trop souvent la carrière des femmes ». Obliger les pères à pouponner pendant ces 11 jours – un congé moins long « dans un premier temps » que celui des femmes – permettrait de rétablir l’équilibre.
L’idée a enchanté le ministre du Travail, Xavier Bertrand, et l’inépuisable Roselyne Bachelot., qui n’a pourtant pas les mêmes circonstances atténuantes que Laurence Parisot puisqu’elle ne peut ignorer, elle, que ce sont les mères qui portent les enfants et qui allaitent.
Toutes ces crétineries frappées au coin de l’idéologie butent en effet sur les réalités les plus éculées, les plus archaïques et aussi les plus humaines. Ni l’homme, ni la femme n’ont attendu le XXIe siècle pour savoir, d’une source aussi sûre que peuvent l’être l’amour paternel ou maternel, qu’au sein de la famille, depuis que le monde est monde, la division bien comprise des tâches confie au premier le soin de chasser le mammouth et à la seconde la bonne ordonnance du foyer et l’éducation première des enfants – en particulier des tout-petits, qui tètent encore à la mamelle et n’ont rompu que très récemment le cordon ombilical, sans aucune aide du petit père Freud.
De vous à moi, je ne suis d’ailleurs pas certain que la chasse du mammouth soit tellement plus importante que l’éducation des enfants ; et le spectacle que donne une certaine jeunesse – qui, heureusement, n’est pas toute la jeunesse – me convaincrait plutôt du contraire. Il est vrai que je suis réactionnaire.
C’est donc en réactionnaire que j’ai reçu la nouvelle du meurtre d’une joggeuse de 17 ans et de la mort d’une fillette de 13 ans, tuée par un gamin à peine plus jeune qu’elle.
Et en « réactionnaire » aussi que j’ai appris les inculpations de Dominique Strauss-Kahn, présidentiable, et de Georges Tron, ministre au petit pied, suspectés de tentative de viol et d’agression sexuelle.
Ça n’a rien à voir, dira-t-on ? Pourtant ces différents faits illustrent tous une même évolution, par l’anéantissement des repères, vers l’avènement d’un homme nouveau décérébré et dévertébré. L’histoire, elle, a de la mémoire. Nous recueillons les fruits pourris de 68.


Eric Letty

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Lundi 6 juin 2011 1 06 /06 /Juin /2011 12:01

L’affaire Strauss-Kahn a agi comme un révélateur à plusieurs égards, mais ce qui en ressort en définitive est davantage une confirmation qu’une révélation: c’est qu’il existe bien, selon le mot de Jean-Pierre Raffarin, une France d’en bas et une France d’en haut – Maurras aurait dit un pays réel et un pays légal – et que dans notre belle démocratie française, la seconde possède des droits que la première n’a pas. Le premier de ces droits, c’est celui de savoir, d’être informé, de connaître le dessous des cartes, droit que les politiques partagent avec les journalistes.« Tout le monde savait », a-t-on dit à propos des moeurs de Dominique Strauss-Kahn. Et l’ancien ministre Luc Ferry, évoquant sur un plateau de télévision les turpitudes marocaines d’un autre ancien ministre, dont il tait d’ailleurs le nom, lance aux journalistes présents : "Probablement, nous savons tous ici de qui il s’agit". La transparence a des limites; en France, elles sont vite atteintes et la rumeur prend le relais. Le deuxième privilège de nos élites, c’est celui de ne pas être traitées comme le vulgus pecum. C’est ce qu’ont très clairement affirmé l’exjuge Eva Joly et l’ex-nouveau philosophe Bernard-Henri Lévy à propos de l’ancien président du FMI: ce n’est pas un justiciable comme les autres. La justice américaine a donc fauté en lui passant les menottes, comme elle l’eût fait à n’importe quel quidam accusé de tentative de viol. Ce privilège en cache un autre: la France d’en haut possède des droits que les autres citoyens n’ont pas. Qu’un individu quelconque batte sa femme à mort, et les journalistes n’auront pas assez d’adjectifs assez ignominieux pour le qualifier, mais que Bertrand Cantat, chanteur du groupe Noir Désir, qui appartient au microcosme en tant que vedette du « show-biz », tue sa compagne Marie Trintignant dans une chambre d’hôtel de Vilnius, et les mêmes journalistes s’apitoient sur son sort.
Qu’un citoyen lambda drogue et viole une gamine de 13 ans, puis quitte le pays pour éviter d’avoir à répondre de cet acte, il sera publiquement voué aux gémonies; mais qu’il s’appelle Roman Polanski, et ses pairs l’applaudiront debout pour lui témoigner leur solidarité, après lui avoir remis un César. Qu’un inconnu détienne des photos pédophiles dans son ordinateur, il sera traduit en justice et condamné; mais que Frédéric Mitterrand raconte dans un livre qu’il a consommé de jeunes éphèbes prostitués en Thaïlande, il restera ministre de la Culture – ce qui lui permettra d’applaudir Polanski.
On en vient à se dire que Georges Tron n’a pas eu de chance: coupable ou pas des faits dont on l’accuse, sans l’affaire DSK, eût-il jamais été inquiété? Un commissaire de police me confiait récemment que si l’affaire Strauss-Kahn s’était passée en France, elle aurait été probablement enterrée. Le président de la République lui-même semble le penser, puisqu’il avait averti Dominique Strauss-Kahn, en appuyant sa nomination à la présidence du FMI, qu’aux Etats-Unis on ne plaisante pas avec les scandales qui ont trait à la sexualité; ce qui laisse penser a contrario qu’en France, on en plaisante. Au fond, l’ensemble de la société française est complice et préfère ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire, comme les trois petits singes. Et l’on s’abrite derrière le rideau de fumée de la vie privée pour absoudre le personnage publique de ses fautes ou de ses déviances. Apprend-on que DSK fréquentait les clubs échangistes? Vie privée! Qu’il se montrait décidément trop pressant avec les femmes? Vie privée! Mais lorsque l’homme privé a perdu ses repères, qu’attendre de l’homme public que beaucoup voyaient déjà président de la République? Nous l’avons échappé belle!
Eric Letty

Par monde et vie
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Samedi 14 mai 2011 6 14 /05 /Mai /2011 11:13

EXTRAIT DU NUMERO 843 EN VENTE DES LE 18 MAI 2011

 

La liturgie est l’un des enjeux majeurs de l’actuel pontificat. L’instruction Ecclesiae universae, datée du 30 avril dernier et publiée le 13 mai, pourrait bien donner raison à ceux qui voient dans le 13 mai une date prophétique depuis l’apparition de la Vierge à Fatima le 13 mai 1917. Plus qu’une confirmation, pour les partisans de la liturgie traditionnelle, une révolution sur du velours pour… l’Eglise universelle ?

Ecclesiae universae: dès les premiers mots latins, qui la désignent désormais dans l’usage du public, l’instruction sur l’application de la Lettre apostolique Summorum pontificum, donnée en forme de Motu proprio, entend se placer au niveau ecclésial le plus large et donc le plus élevé. Voyez aussi dans ce sens quelques détails significatifs : Summorum pontificum n’est pas seulement un Motu proprio libéralisant la messe traditionnelle, c’est-à-dire une décision toute personnelle d’un pape dont on pourrait dire qu’il a été trop personnel en l’écrivant. C’est une « Lettre apostolique ». Elle a valeur magistérielle : « Par ce Motu Proprio, le Souverain Pontife Benoît XVI a promulgué une loi universelle pour l’Église, avec l’intention de donner un nouveau cadre normatif à l’usage de la liturgie romaine en vigueur en 1962 » peut-on lire dès le numéro 2 du nouveau document. Et d’insister : « Le Motu Proprio Summorum Pontificum constitue une expression remarquable du magistère du Pontife romain et de sa fonction propre - régler et ordonner la sainte liturgie de l’Église - et il manifeste sa sollicitude de Vicaire du Christ et de Pasteur de l’Église universelle » (n° 8). Tout se passe comme si le pape voulait donner le maximum d’importance et de consistance à ces deux textes, la Lettre apostolique Summorum pontificum et l’instruction Ecclesiae universae, en faisant de leur contenu, l’expression de son magistère pontifical. Il se compare d’ailleurs à deux grands papes liturgistes: saint Grégoire le Grand et saint Pie V. Rien moins ! Bref il s’agit de graver dans le marbre les avantages acquis par « le nombre toujours plus important des fidèles qui demandent à user de la forme extraordinaire » (n° 7). Mais il ne suffit pas de graver dans le marbre. Il faut organiser. Il faut faciliter l’application

Une véritable réforme « démocratique »

En 2007, le Motu proprio (c’était une surprise pour tout le monde) paraissait pouvoir se passer d’interprétation. Il était précis : il évoquait les groupes stables de demandeurs laïcs, il donnait pouvoir d’abord aux curés pour accorder, puis, en cas de litige, à l’évêque, et enfin, dans ses articles 11 et 12, à la Commission pontificale Ecclesia Dei. Ces deux articles n’avaient jamais reçu, à ce jour, un commencement d’exécution. Résultat? La clef du voûte du dispositif, juridiquement absente, ne pouvait pas jouer son rôle de recours. Concrètement, dans chaque diocèse, l’Eglise ayant horreur du vide juridique, la clef du voûte du dispositif a été l’évêque et dans chaque pays, comme il est naturel, la conférence épiscopale. Désormais, c’est fini: la Commission Ecclesia Dei, grande gagnante dans cette affaire, reçoit explicitement du pape des pouvoirs juridictionnels pour arbitrer les conflits qui ne manquent pas entre les groupes stables et les autorités ecclésiastiques locales : « Le Souverain Pontife a doté la Commission pontificale Ecclesia Dei d’un pouvoir ordinaire vicaire dans son domaine de compétence, en particulier pour veiller sur l’observance et l’application des dispositions du Motu Proprio Summorum Pontificum » (n° 9). Ce n’est pas encore assez précis? Le texte de l’Instruction Ecclesiae universae insiste : « La Commission pontificale exerce ce pouvoir, non seulement grâce aux facultés précédemment concédées par le pape Jean Paul II et confirmées par le Pape Benoît XVI, mais aussi grâce au pouvoir [nouveau donc] d’exprimer une décision, en tant que Supérieur hiérarchique, au sujet des recours qui lui sont légitimement présentés contre un acte administratif de l’Ordinaire qui semblerait contraire au Motu Proprio » (n° 10, § 1). La Commission est donc nantie des pouvoirs d’un véritable tribunal pontifical, où les plaignants seront les laïcs demandeurs et les accusés… tous ceux qui ne marqueraient pas assez de « générosité » dans l’application de la Lettre apostolique. Bien sûr, le paragraphe 2 du même article 10 stipule que les personnes mises en cause peuvent aller devant la Signature apostolique – équivalent romain de la Cour de cassation. Les plaignants ont donc intérêt à se munir d’un bon avocat et à respecter les délais de procédure, car tout sera fait dans le culte du droit. Il y a dans ce savant dispositif – c’est le trait de génie de Benoît XVI – une véritable réforme « démocratique » de l’Institution ecclésiale. Défendant la tradition liturgique, il construit, pour les besoins de la restauration liturgique, un vrai contre pouvoir dans une Eglise qui n’en avait plus depuis le Concile… Qu’en pensera Golias? Les hommes seront-ils à la hauteur de cette noble vision de l’Eglise et de son avenir ?


Abbé G. de Tanoüarn

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Jeudi 21 avril 2011 4 21 /04 /Avr /2011 17:16

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A Monde & Vie nous ne voulons pas céder sans analyse et examen au concert de louanges qui s'élève autour du souvenir de Jean-Paul II. Nous ne voulons pas non plus manquer cette occasion d'évoquer ce pape-monde, dont l'activité débordante a imposé à toute la planète l'Homme en blanc, sa propre image, comme le symbole spirituel de référence.

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Dimanche 6 février 2011 7 06 /02 /Fév /2011 09:41


Ça y est, c’est officiel : le pape Benoît XVI, nous l’annoncions dans notre dernier numéro, a fait savoir sa volonté d’organiser une grande réunion interreligieuse à la fin de l’année à Assise. Objectif : commémorer le geste de Jean-Paul II, convoquant pour la première fois une réunion interreligieuse dans la même ville d’Assise, il y a 25 ans. Quelle est la signification de cette annonce, faite en grande pompe le Premier de l’An neuf ?
LLa question de la signification de ce projet d’anniversaire se pose d’autant plus aisément que le cardinal Ratzinger passait pour l’un de ceux qui, dans la Curie de Jean Paul II en 1986, avait émis des critiques ou des doutes au sujet du bien fondé de cette convocation des religions du monde à « être ensemble pour prier ». On ignore bien sûr la teneur exacte de ce que se sont dit Jean Paul II et le futur Benoît XVI à ce sujet. Mais dans son ouvrage Foi, Vérité, tolérance, le pape régnant revient sur le dialogue interreligieux. Il est assurément critique sur ce chapitre, en soulignant le danger de relativisme inhérent à de telles tentatives, le caractère d’exception dont elles sont revêtues et en insistant sur les précautions à prendre (voyez l’encadré).
Pourquoi convoque-t-il une telle réunion, alors qu’il est si clairement opposé à la dynamique perverse que revêtent de tels gestes, non seulement pour ceux qui assistent à ces réunions, comme il le précise, mais pour tous ceux qui en sont informés d’une manière ou d’une autre ?
Il me semble qu’il y a deux explications, aussi importantes l’une que l’autre : une explication circonstancielle et une explication fondamentale. Les circonstances ne sont pas moins importantes que les raisons abstraites : ce sont elles qui les font venir au jour.
L’un des actes les plus controversés de Benoît XVI, c’est, à l’occasion de sa visite en Turquie, en décembre 2006, sa présence à la Mosquée bleue, où il s’est retrouvé dans une position de prière familière aux musulmans. Le Discours de Ratisbonne venait d’avoir lieu. Le pape avait évoqué le risque de violence inhérent à un certain islam. Il avait déclenché une tempête de protestations. C’était en septembre. En décembre il était à Istanbul. A l’époque, Mustafa Cagrici, Grand Mufti d’Istanbul et amphitryon du pape en la circonstance, avait déclaré à la presse turque : « La prière de Benoît XVI est encore plus significative qu’une excuse [pour le discours de Ratisbonne]. Avec sa posture [familière aux musulmans : mains croisées sur le ventre, les yeux fermés, les lèvres mi-closes], il a donné un message à tous les musulmans ». Benoît XVI lui-même, quelques jours plus tard, place Saint Pierre, avait expliqué ainsi sa prière : « En m’arrêtant quelques instants pour me recueillir en ce lieu de prières, je me suis adressé à l’Unique Seigneur du Ciel et de la terre, Père miséricordieux de l’humanité tout entière ».
Les circonstances et la doctrine sont ici mêlées : Benoît XVI, lors de ce voyage en Turquie, donnait des gages à la Bienpensance universelle, en montrant son aptitude au dialogue interreligieux, pour faire oublier la saillie de Ratisbonne. Mais en même temps, il élaborait, l’air de rien, une nouvelle doctrine et une nouvelle pratique de la prière interreligieuse (et non pas seulement multireligieuse, ce qui, dans la terminologie du pape, aurait supposé des lieux de prière différents), doctrine et pratique assez différentes somme toute de ce que l’on peut lire dans Foi, Vérité, tolérance.
Pour le cardinal Ratzinger, dans Foi, Vérité, Tolérance, on ne peut prier ensemble que si l’on a la même conception de Dieu. Pour le pape Benoît XVI aujourd’hui, on ne peut prier ensemble que selon une conception de Dieu qui nous est commune. Il a donc prié, avec Mustafa Cagrici, « l’unique Seigneur du Ciel et de la terre ». A ce jeu, je le signale, les chrétiens, qui ont la foi la plus compréhensive et la plus riche, sont toujours perdants : ils adorent le Christ, mais, nous dit-on, ils peuvent bien prier « le Seigneur du Ciel et de la terre »… en faisant abstraction du Christ. Inconvénient d’une telle pratique : on fait oublier que toute prière passe par le Christ, qu’il n’y a pas de prière agréable à Dieu sans le Christ. La prière est prononcée en son nom. Même le Notre Père, qui s’adresse au Père, on peut dire que c’est lui, le Christ, qui nous l’a apprise. Elle est d’une certaine façon sa prière.
Il est clair que la vérité chrétienne a beaucoup à perdre dans cette gesticulation programmée. L’abbé Lorans, dans Dici, généralise encore la crise doctrinale qui s’annonce. Il explique le lien étroit qui existe, dans la prédication pontificale, entre liberté religieuse et dialogue interreligieux. La liberté religieuse fait, en cette année 2011, le fond du « Message pour la paix », traditionnellement délivré par le pape le 1er janvier de chaque année ; et c’est en ce même premier jour de l’an que s’est faite, de manière hautement symbolique, l’annonce d’Assise III, relançant le dialogue interreligieux. L’abbé Lorans, réfléchissant à cette occurrence, écrit : « On voit comment s’établit, pour le pape, un lien étroit entre son Message pour la paix et l’annonce de sa présence en octobre à Assise, entre la liberté religieuse et le dialogue interreligieux, entre la laïcité et la paix. Cette paix doit être obtenue par la reconnaissance du pluralisme laïque, au nom de la liberté religieuse qui autorise le dialogue interreligieux. La Vérité révélée se trouve alors ravalée au rang des autres « convictions religieuses » ».
On peut penser ce qu’on veut des intentions du pape que nul ne connaît avec certitude. On peut se fier à ce que le cardinal Ratzinger écrivit en 2002 sur les difficultés d’un Sommet interreligieux (voir encadré). Mais il est clair que l’on ne maîtrise pas forcément toutes les conséquences de ce genre d’événements, par hypothèse ultra-médiatisé.
Et puis, s’il advient qu’au mois d’octobre prochain, toutes les religions se réunissent pour la paix, sans distinction de croyances et sans la moindre prière commune, comme certains le pensent ou le souhaitent, la question de l’islam coranique se trouvera à nouveau posée. Oh ! C’est vrai qu’elle ne se pose pas dans les pays occidentaux, pas encore. Mais en Egypte ? En Irak ? Au Nigéria ? Au Pakistan ? Aux quatre coins du monde musulman, cette question de la violence envers les non-musulmans se pose. Elle est posée par le Coran (voyez ne serait-ce que la sourate 9).
La tenue d’un sommet interreligieux n’a jamais été aussi difficile qu’aujourd’hui. Il ne peut plus revendiquer la nouveauté et l’audace. Il affronte une situation géopolitique extrêmement tendue. Il faudra au pape toute sa diplomatie, toute sa douceur, tout son courage et toute sa science pour que « le tournant » ne se termine pas dans un précipice…
Abbé G. de Tanoüarn

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Mercredi 8 septembre 2010 3 08 /09 /Sep /2010 21:10

 

Magnifique performance de Xavier Beauvois : depuis aujourd’hui dans les salles obscures, c’est une débauche de lumière qui nous est proposée. Plein feux sur les moines de Tibhirine, assassinés pour avoir voulu rester présents dans leur monastère Notre Dame de l’Atlas, établi depuis 1938 au cœur du pays de Médéa en Algérie. Le casting est d’une étonnante justesse. Les visages de ceux qui vont mourir sont des visages de vivants qui expriment, dans une étonnante diversité, la lumière intérieure que chacun porte en lui, mais qu’il passe sa vie à chercher. Les trois ans que passent les moines, littéralement devant la mort, après une première tentative manquée du GIA (1993), n’ont rien de morbide. Au jour le jour, nous assistons à une quête, où chacun accepte petit à petit ce destin, jusqu’au dernier repas où la certitude de la mort offerte est palpable chez tous, comme elle a dû l’être pour les apôtres assistant à l’offrande du Christ, lors de la dernière Cène. La caméra s’attarde sur chacun de ces hommes, comme pour rendre plus éclatante cette lumière secrète qui habite les traits de leurs visages. Ces hommes sont devenus des dieux, selon le titre du film ; en tout cas, ils sont libres de vivre et de mourir, libres du choix qu’ils ont fait en toute connaissance de cause. Ils sont des dieux parce qu’ils ont consenti à leur fragilité d’homme, en l’offrant : « Moi j’ai dit : Vous des dieux, des fils du Très haut vous tous. Mais non, comme l’homme vous mourrez, comme un seul, ô princes, vous tomberez » (Ps. 81). Cette longue citation du Psaume, qui décrit toute l’ambiguïté de la condition humaine, s’étale sur l’écran au début du film, pour justifier le titre choisi par Xavier Beauvois.

Des hommes, ces sept moines qui vont mourir, ces neuf moines que l’on voit évoluer au jour le jour le sont. Ils sont totalement normaux, inquiets jusqu’à en perdre le sommeil, révolté parfois, fragiles toujours, dépendant les uns des autres. Dans l’acceptation de leur destin, sur la musique étrangement joyeuse du lac des cygnes, au cours d’un repas de fête au réfectoire, ils deviennent des dieux – des fils de Dieu, non seulement en paroles mais en acte, dans une transsubstantiation de leur destin qui reste le secret ultime du christianisme. On pense à la formule du Père Christian de Chergé (Lambert Wilson somptueux, totalement identifié à son personnage) : « Et, de naissance en naissance, nous arriverons bien, nous-même [sans s dans le texte qui nous est parvenu], à mettre au monde l’enfant de Dieu que nous sommes ». De naissance en naissance… Il y a une lente prise de conscience. Il leur aura fallu plusieurs années face à la mort pour l’accepter comme le témoignage de ce qu’ils veulent être dans ce pays. Chacun y parvient de façon différente.

Manifestement Christian de Chergé était un intellectuel. Son Testament, lu au cours du film, atteste qu’il avait tout prévu. Le frère Luc (Michaël Lonsdale), lui aussi à tout prévu. Entre eux naît et s’affirme une connivence qui durera jusqu’aux derniers instants, l’un portant l’autre jusqu’au lieu du supplice. Avec une prestance qui vient de l’intérieur, l’un et l’autre, à des moments différents, feront acte d’autorité, face au GIA ou face aux troupes gouvernementales. Une autorité souveraine parce qu’elle fait profession de ne rien craindre, ni personne. Frère Christian, frère Luc, combien ces deux là, si proches, sont différents l’un de l’autre. Christian faisait des sermons magnifiques, mais le vieux moine médecin, ce pragmatique dans l’âme qu’est le Père Luc ne se gêne pas pour dire pendant la plonge : « Je n’ai rien compris à ce qu’il raconte ». Et ce couple Wilson-Lonsdale nous montre que la foi n’est pas une question de psychologie, que le martyre n’est pas issu de je ne sais quelle hystérie idéaliste, qu’il est simplement un témoignage d’amour.

Amour ? C’est avec pudeur, avec retenue que l’on parle d’amour dans ce film. Il faut toujours parler de l’amour avec pudeur explique frère Luc à une jeune musulmane proche de la communauté. De l’amour humain, mais aussi de l’amour de Dieu. Rien de sirupeux. Même le chant des psaumes en français est interprété avec force (alors que souvent… Beurk !). Les moines sont viriles devant la mort et c’est sans doute cette virilité qui fait d’eux des saints, d’authentiques témoins, tirant le meilleur d’eux-mêmes. « Notre vie, on l’a déjà donnée » répète le Père Christian à tel moine qui flanche devant le silence de Dieu et la folie des hommes. C’est le contraire du spectaculaire : le don est déjà fait, il n’y a pas lieu de hisser des drapeaux sur les terrasses. Tout est déjà consommé pour ces moines qui se sont offerts à Dieu dans la fleur de leur jeunesse.

Jusqu’au bout donc chacun ne sera que lui-même. Le frère Luc reprend les soldats qui s’emparent des médicaments contenus dans une pauvre armoire à pharmacie : « Ce n’est pas pour toi, c’est pour les enfants ! ». Le frère Christian garde une inextinguible curiosité. Il veut savoir comment Dieu regarde ses enfants musulmans et s’apprête à l’apprendre en passant, sans phrase, de l’autre côté.

Grand prix du Jury au festival de Cannes, qui a préféré accorder ses faveurs et la palme d’or à un film thaïlandais « prodigieusement ennuyeux » et à la structure narrative parfaitement absconse, Des dieux et des hommes est un film accessible à tous. Même la violence y est surtout suggéré. On ne voit pas les têtes décapitées des sept victimes, mais simplement, dans la neige, leur chemin de croix, dont chacun devine l’issue.

Comment ce film peut-il être reçu ? Je crois que chacun reconnaîtra l’autorité tranquille qui émane de ces moines, comme le fait une brave femme du pays, quelque temps après la cérémonie de circoncision de son enfant, à laquelle les moines ont été conviés. Les moines donnent l’impression d’être comme des oiseaux sur la branche ? Ils s’en plaignent ? La réponse de cette femme livre la vérité que porte tout le film : « Les oiseaux c’est nous et vous, vous êtes la branche ».

Et ce n’est pas seulement parce qu’ils « ont de la branche » ces moines qui vont mourir comme des aristocrates du Royaume, c’est parce qu’ils représentent, pour nous qui voletons et butinons dans notre vie, une branche solide, un fondement. Oui, leur force tranquille est, aujourd’hui encore, une base. Et voilà leur victoire aujourd’hui, victoire qui sans nulle doute fera le succès retentissant de ce film - hors concours parce que hors normes.

Abbé G. de Tanoüarn

 

Par monde et vie
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Samedi 5 juin 2010 6 05 /06 /Juin /2010 12:18

Vous ne le savez sans doute pas, mais Mgr James est le nouvel évêque de Nantes. La grande démonstration Hellfest (« fête de l’enfer »), qui s’est déroulée à Clissons, au sud de Nantes était donc justiciable de sa juridiction spirituelle. Chacun attendait sa réaction contre ce pandemonium de déguisements de musique métal et de drogues. Le dimanche précédent, Mgr James y est allé d’un petit sermon dans sa cathédrale. Etonnant ! On a l’impression à le lire rétrospectivement qu’il ne savait pas comment manifester sa compréhension et sa mansuétude pour cette manifestation qui prend pompeusement le nom de « festival ». Voici un petit extrait qui m’a été envoyé de la part d’une jeune paroissienne scandalisée. J’ai gardé ses commentaires à votre intention.

Extraits surprenants et commentaires persos

En juin 2008, Mgr Georges Soubrier, mon prédécesseur, avait fait part avec la paroisse de ses remarques sur le festival de « musique extrême » (Enfer serait plutôt le terme exact) qui se déroule à Clisson. Témoins de cette confrontation entre, d’un côté des chrétiens qui se sentent agressés et de l’autre, des « métalleux » qui se sentent incompris (les pauvres !), la communauté chrétienne de Clisson souhaite prendre la parole : au contact du festival, elle reconnaît qu’il y a là une recherche d’expression musicale (je suis sidérée de lire ça) qui peut avoir toute sa place (mais lisez donc les traductions de certaines chansons !). Dans les rues de Clisson, avec l’ensemble de la population, elle constate la convivialité des festivaliers rencontrés (avec des croix renversées, de noirs vêtus pour beaucoup), autour de ce qui les rassemble : l’attachement à une musique qu’ils apprécient (eh bien pas moi, en tant que catho je me sens agressée et attaquée) et une certaine façon d’être (que je n’envie pas. Respirent-ils vraiment la paix, la joie ?) La communauté chrétienne est aussi témoin du professionnalisme des organisateurs (faut-il applaudir ces organisateurs anti-cathos ?) et de la générosité des bénévoles (ben voyons) qui font de ce festival un évènement important de la vie locale. (NON !!!!! je rêve !!!!!!!!!!!!!!)...

En bon français, cette homélie est une apologie de la « fête de l’enfer » à destination des catholiques qui ont gardé suffisamment de défense immunitaire pour être éventuellement scandalisés de ce déferlement sataniste. Ce qui est étonnant avec nos évêques, c’est que rien ne leur sert de leçon. Ils nous bassinent avec ce discours pseudo-compassionnel depuis quarante ans. Ils sont systématiquement dans « l’autrisme », ne s’en prenant qu’à leurs propres fidèles quand ils ont des remarques à faire. Les « autres » ont toujours raison. Les hostiles ont leurs raisons [voilà l’homélie de Mgr James]. Les tièdes ont leurs raisons [ souvenez-vous, les messes du samedi soir qui tiennent lieu de messe du dimanche, « pour respecter le travail des uns et le loisir des autres »]. Ceux qu’il importe de moraliser, ce sont ceux qui ne sont ni tièdes ni hostiles, les catholiques qui « ne comprennent pas » [les pauvres : des arriérés vous dis-je]. Quand Mgr Vingt-Trois récemment critiquait les catholiques anti-Act’up qui s’étaient massés sur le Parvis de Notre Dame, au lieu de condamner Act’up…il a montré qu’il souffrait du même genre de syndrome déformant. Il s’étonne de ne plus avoir de candidats au sacerdoce ? Mais des candidats éventuels se trouvaient sans doute parmi les cathos crossés par l’archevêque pour cause de militantisme… catho. Ils n’ont peut-être pas envie d’avoir tort toute leur vie de préférence aux tièdes et aux hostiles [qui eux, ont toujours des raisons]. Comment une Institution peut-elle recruter si elle ne respecte pas ceux qui spontanément s’engagent pour elle ? Ce sont exactement les mêmes réflexes mentaux destructeurs à Paris et à Nantes. Cette attitude autriste, de la part de nos évêques, n’a rencontré aucun écho. Personne ne leur en sait gré, parmi les tièdes et les hostiles. Quand aux bons catholiques, ils sont partis, en commençant par les plus jeunes, lassés de recevoir toujours la même petite morale désapprobatrice, de la part de leurs pasteurs autristes. Un peu partout les diocèses « ferment » (comme à Saint-Etienne par exemple où un ancien du MJCF, Mgr Lebrun, promeut les communautés sans prêtre). Mais rassurez-vous, les évêques, eux, tout à leur vocation de syndics de faillite, continueront à dire que c’est de la faute aux cathos. Jusqu’à ce que mort s’ensuive ?

Claire Thomas

Par monde et vie
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Notre conviction

  • : La chrétienté n’est pas un idéal mort, que l’on ne retrouverait qu’en feuilletant des livres d’images aux couleurs jaunies par le temps. La chrétienté, ce n’est pas non plus un programme rêvé pour préparer des lendemains qui chantent. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des idéalistes. La chrétienté ce n’est pas hier ou demain, c’est aujourd’hui.
 
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